Les kanjis japonais issus des caractères chinois sont un véritable labyrinthe pour le néophyte venu d'occident. Mais un labyrinthe magnifique qui mérite de s'y perdre et de s'y attarder pour en contempler tous ses méandres et mystères.
Plutôt que de tenter de les apprendre par cœur - et essentiellement par fumisterie - votre humble rédacteur préfère y papillonner pour cueillir les signes les plus amusants, inventer des histoires s'y référant (a la manière du formidable livre Les Kanjis dans la tête), imaginer des liens entre ses composants.
J'essaierai de vous offrir de temps a autre le fruit de ces cueillettes passagères et partager ainsi avec vous la magie des Kanjis.

Tsunami – つなみ – 津波

C’était il y a déjà plus de deux ans, un séisme aux larges des côtes japonaises du Tohoku allait engendrer un immense raz-de-marée, un tsunami, つなみ, ou 津波 qui devait causer la mort de plus de 19 000 personnes. Le séisme, déclenché à 30 km sous le plancher océanique, au large du Japon, s’est propagé via une faille séparant les plaques jusqu’à la fosse du Japon, au fond de la mer, libérant l’énergie de 8 000 bombes de Hiroshima. Le séisme en lui même ne causa que peu de décès en raison de son éloignement des côtes mais c’est bien le tsunami qui entraîna la mort de près de 20 000 japonais.

TsunamiKanji

Il ne faut pas oublier, il ne faut pas oublier que c’est bien le déchaînement de la nature qui a engendré tous ces morts qui auraient été encore beaucoup plus nombreux si le Japon n’était pas aussi bien préparé aux séismes et aux tsunamis. Rappelez-vous le tsunami de 2004 dans l’Océan Indien, d’une force similaire, mais qui causa la mort de plus de 160 000 personnes. Parce que les moyens de prévention et d’information étaient bien moindres voire quasi inexistants mais aussi parce que les habitations et les terrains étaient souvent beaucoup moins protégés.

De quoi Fukushima est-il le nom ?

Il ne faut pas oublier non plus que les retombées de l’accident nucléaire de la centrale de Fukushima, toutes terribles et dévastatrices qu’elles soient ne peuvent pas être comparées ou assimilées. Cet accident, conséquence du tsunami et d’erreurs humaines, aura des effets terribles dans l’environnement et les écosystèmes marins et terrestres, dans l’économie, dans l’abandon pour des décennies d’une portion de territoire, dans certaines maladies plus que dans la mort  elle-même (immédiate en tout cas). On ne compte en effet aujourd’hui qu’un mort  « officiel » suite à l’accident nucléaire. Il faisait partie des fameux cinquante de Fukushima qui restèrent après tous les autres pour aider à colmater et réparer ce qui pouvait l’être. Et même si l’État japonais n’est pas reconnu pour sa transparence sur le sujet, certaines associations veillent et les retombées médicales et environnementales seront de toute façon suivies de près. Je vois déjà certains hérisser les poils suite à ces propos, je vous rassure, je ne fais partie d’aucun lobby pro-nucléaire. Je tiens juste, sans vouloir déshumaniser cette immense catastrophe, à apporter des éléments factuels pour mettre surtout les faits en avant. La catastrophe nucléaire qui a suivi et qui n’est pas près de se terminer a engendré nombre de situations dramatiques pour des habitants de la région : perte de leur maison mais aussi de leurs champs, de leurs animaux, perte de tout ce qui les reliait à leur terre, à leur histoire. Le roman de Michaël Ferrier, Fukushima, récit d’un désastre est à ce titre indispensable. Mais si les descriptions du phénomène, l’empathie pour les rescapés, les récits qu’il en a tirés forment un témoignage indispensable à la réflexion sur cette catastrophe, je suis moins convaincu par les bilans qu’il en tire concernant le nucléaire et les décisionnaires si facilement montrés du doigt. Je prendrai le temps d’en faire une chronique spéciale tant son livre est riche et édifiant. Il sera néanmoins très difficile pour ces habitants de la préfecture de Fukushima de se reconstruire. Certains préféreront braver les interdictions et subir les irradiations pour rester là où ils ont toujours vécu. D’autres, souvent les plus jeunes, décideront de s’éloigner, notamment pour leurs enfants, les plus susceptibles de souffrir des irradiations.

SeismeJapon11mars2011

Le séisme / Tsunami du 11 mars 2011 et ses ravages © Damo Storan

Par ailleurs, la catastrophe nucléaire pose de nombreuses questions sur la capacité des pays possesseurs de la technologie nucléaire civile à « réparer » les dégâts causés par une catastrophe naturelle de ce type. En dehors des terrains irradiés, c’est la question du traitement des déchets nucléaires, qui est en jeu. Les délais annoncés peuvent laisser craindre qu’une seconde catastrophe endommage à nouveau les réparations de secours. Toutefois, au risque de choquer encore une fois, si l’accident de cette centrale peut contribuer à une élévation des mesures de sécurité et à une remise en cause de la construction de centrales sur certaines zones sismiques, le risque zéro n’existe dans aucune industrie. Le nucléaire présente l’inconvénient d’avoir des risques écologiques très importants mais le charbon ou le gaz sont des industries beaucoup plus polluantes. Il faut donc essayer d’enlever à la fois langue de bois et hystérie à ce débat. Le nucléaire, tel qu’on le maîtrise aujourd’hui, semble à terme une mauvaise solution. Les autres industries polluantes également. Il faut donc consacrer le maximum de R&D aux énergies renouvelables, tout en ne se voilant pas la face sur les délais avant de trouver des solutions meilleures. Le solaire, tant vanté par certains, présente par exemple de nombreux défauts dans le stockage de l’énergie et dans les matériaux utilisés. Les éoliennes polluent le paysage et n’ont un rendement efficace que dans certains lieux, etc.

Enfin, pour clore le sujet du nucléaire, je me réfère à un article très intéressant de Chikako Mori, De quoi Fukushima est-il le nom ?, paru il y a un an dans le journal Le Monde. La journaliste y expliquait le poids des mots et son étonnement que tous les journalistes ne parlent plus de la catastrophe du 11 mars 2011 que sous une appellation : Fukushima. En effet, comme je l’ai dit au-dessus, la catastrophe est avant tout une catastrophe naturelle qui s’est abattue sur toute une partie de la côte Est du Tohoku. La réduire à Fukushima, c’est réduire cet événement à l’accident nucléaire qui a suivi. C’est aussi prendre le risque de faire des habitants de la préfecture de Fukushima des parias comme les habitants de Hiroshima ou Nagasaki avant eux. Son article est passionnant et elle y rappelle par exemple que l’attentat des tours du World Trade Center a pris le nom de 9 eleven dans le monde entier, pourquoi ne pas alors parler du 11 mars 2011 comme le font beaucoup de Japonais ?

A toute chose, malheur est bon

Cette maxime peut paraître un peu réductrice mais elle s’avère rarement fausse. Et s’il y a un élément positif à rechercher dans cet enchaînement de catastrophes, c’est la solidarité humaine. Les médias répètent à qui veut l’entendre que notre société est de plus en plus individualiste. Mais que constate-t-on systématiquement après chaque catastrophe naturelle, que ce soit à la Nouvelle Orléans, que ce soit lors du tsunami de 2004, que ce soit récemment lors des inondations en Europe de l’Est, que ce soit lors du sauvetage des mineurs au Pérou, que ce soit enfin pour la reconstruction du Tohoku ? La solidarité est la première réaction de milliers, voire de millions de personnes. Qu’elle soit financière ou qu’elle soit physique, cette solidarité est une magnifique preuve que nos sociétés ne sont pas complètement cassés comme on voudrait nous le faire croire.

LaCaravane3déc2012

La Caravane Bon Appétit, en février 2013 à Miharu-machi dans le Tohoku

A ce titre, le dernier essai de Jean-Claude Guillebaud, Une autre vie est possible, explique bien comment les optimistes de tous bords sont mis en minorité par notre société actuelle et sont considérés comme des naïfs et des idéalistes au mieux, des imbéciles bien souvent. Si je ne partage pas toutes ses opinions, je lui reconnais sa belle capacité d’analyse et sa faculté à aller de l’avant après tous les désastres auxquels il a pu assister en tant que reporter de guerre notamment. Et la solidarité des associations qu’il a côtoyées a été un moteur pour lui dans ces vingt dernières années, preuve indéfectible que l’homme peut combattre ses propres démons. A propos de solidarité, parmi les milliers d’initiatives japonaises et internationales, recensées pour aider le Tohoku, je voudrais citer deux associations : la première, Japonaïde, et également relayée par le journal gratuit Zoom Japon (distribué en France) a surtout effectué des collectes de fond en France et en Europe pour soutenir différents projets comme celui des lieux de « Maison pour tous » qui a pour objectif de créer avec l’aide d’architectes des lieux de vie où pourront se retrouver les rescapés du séisme et du tsunami qui vivent aujourd’hui dans des préfabriqués.  La seconde, c’est la Caravane Bon Appétit, montée par Patrick Hochster, un chef français au Japon. A l’origine initiée pour apporter des vivres aux Japonais, la Caravane a aujourd’hui plus pour vocation d’apporter un peu de joie de vivre aux habitants des régions touchées. Une fois par mois, avec de nombreux volontaires, il se rend dans la région pour organiser un repas festif autour de musique française. Dans ces deux projets, ce n’est pas l’argent qui est au cœur de la solidarité mais l’envie de partager un peu d’innocence, de joie et de lien social, si difficiles à retrouver pour ces rescapés.

Tsunami – つなみ – 津波

Tsunami2

Mais je ne voudrais pas finir cet article un peu sentencieux sans parler du mot tsunami. Le mot est à ce point entrer dans le vocabulaire courant que nombre de gens ont sans doute oublié qu’il s’agit d’un mot japonais. Le kanji 津波 signifie littéralement vague sur le port, on ne peut donc imaginer explication plus claire. Mais il peut aussi s’écrire autrement comme dans l’encadré ci-dessus. Il signifie alors de manière plus poétique la mer qui rugit. Ces deux significations, l’une ancrée dans le réel, l’autre beaucoup plus imagée, sont à l’image du message de cet article : essayer tant que faire se peut de conjuguer humanité et rationalité, empathie et efficacité mais, surtout, ne jamais oublier les morts et les rescapés du 11 mars 2011.

Pour en savoir plus :

-Le séisme et le tsunami de Fukushima : chronologie et effets détaillés (page wikipedia)
-Les cinquante de Fukushima
-Fukushima, récit d’un désastre, Michaël Ferrier (Editions Gallimard)
-De quoi Fukushima est-il le nom ? Article de Chikako Mori dans Le Monde, mars 2012
- Une autre vie est possible, Jean-Claude Guillebaud, Editions L’Iconoclaste
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Les kanjis dans la tête

Vous avez envie de vous immerger dans la culture nippone, vous êtes en train d’apprendre le japonais, les hiraganas et katakanas ne sont plus un mystère pour vous mais les kanjis présents partout dans votre quotidien vous intriguent et vous avez envie d’en déchiffrer tous les mystères :  Les kanjis dans la tête est une méthode remarquable pour mémoriser ces idéogrammes qui nous fascinent autant qu’ils nous effraient de prime abord.

LesKanjisdanslateteLe japonais présente ceci d’extraordinaire pour un occidental pas particulièrement doué en langue que la prononciation de la langue est d’une grande simplicité. En effet, alors que la langue japonaise a emprunté le vocabulaire et l’écriture aux Chinois dès le VIIe siècle, la phonologie de la langue indigène japonaise n’a pratiquement pas changé. Le systeme vocalique se limite à cinq voyelles courtes A I U E O, et deux voyelles courtes contiguës ne peuvent former qu’une voyelle longue ou une répétition du son mais il n’existe ni diphtongue ni voyelle nasale. Par ailleurs, il existe deux semi-voyelles Y et W et seulement 13 consonnes (5 sourdes, 5 sonores et 3 nasales). Hormis la consonne N nasale, toutes les consonnes sont suivies d’une voyelle, ce qui réduit énormément le chant phonétique. (très bonne synthèse wikipediesque sur cette page). Enfin, et ce n’est pas la moindre des différences avec le cantonais ou le mandarin, le japonais n’est pas une langue tonale.
Tout ceci pour mieux comprendre pourquoi le japonais oral est facilement accessible aux occidentaux et surtout pourquoi les Japonais sont de leur coté souvent très mauvais pour parler les langues étrangères.

Mais une fois les premiers balbutiements réussis pour vous exprimer sommairement en japonais, beaucoup seront tentés d’y adjoindre si ce n’est la maitrise de l’écriture, à tout le moins une découverte des kanjis. C’est là que la méthode de James W. Heisig, Remembering the Kanji, adaptée en français par Yves Maniette sous le nom Les Kanjis dans la tête, prend tout son sens.  Ce livre propose en effet l’apprentissage de l’écriture et du sens (pas de la prononciation) de 2000 kanjis par un procédé original, à la fois ludique et efficace … par honnêteté, je dois concéder, que ma fumisterie ne m’a pas autorisé à me rendre compte par moi-même de l’efficacité de la méthode !

Mes excuses préalables aux spécialistes des kanjis et des idéogrammes chinois, je n’ai aucune culture étymologique de ces écritures et beaucoup penseront surement qu’il faut user de méthodes d’apprentissage plus rigoureuses et systématiques (par clé ou par composant par exemple, par nombre de traits ou bien encore en suivant le rythme d’apprentissage de l’école japonaise), il s’agit ici uniquement de partager avec tous cette approche originale et ludique.

Les orateurs antiques faisaient appel a une mémoire compartimentée pour se remémorer leurs discours

Pour comprendre le concept qui guide cet apprentissage, il faut se référer a l’introduction d’Yves Maniette qui cite lui-même l’ouvrage de Frances Yates, L’art de la mémoire, expliquant comment les orateurs grecs construisaient un espace tridimensionnel, y plaçant mentalement des objets en relation avec chaque point-clé de leur discours, afin de le mémoriser et de l’ordonnancer : « Cela fait, dès qu’il s’agit de raviver la mémoire des faits, on parcourt tous ces lieux tour à tour et on demande à leur gardien ce qu’on y a déposé. Nous devons penser à l’orateur antique qui parcourt en imagination son bâtiment de mémoire pendant qu’il fait son discours, et qui tire de lieux mémorisés les images qu’il y a placées. La méthode garantit qu’on se rappelle les différents points dans le bon ordre, puisque l’ordre est déterminé par la succession des lieux dans le bâtiment. »

Et, Yves Maniette d’ajouter : « Partant de cette idée, on peut imaginer que si l’on parvenait a trouver au sein des kanjis un nombre limité d’elements graphiques, et si l’on en faisait une sorte d’alphabet, assignant à chacun d’entre eux un objet et une signification, on pourrait faire agir ces objets les uns sur les autres, creant des tableaux imaginaires complexes qui permettraient de surmonter le handicap constitué par une mémoire visuelle peu fidèle. La méthode Heisig consiste donc à apprendre graduellement cet alphabet graphique constitué de composants qui correspondent aux clés en suivant l’étymologie (on dénombre officiellement 224 clés) puis à apprendre les kanjis en créant des histoires autour de l’association de composants qui les forment. « A chacun de ces composants, nous attribuerons un objet et son nom, de meme que chaque lettre de l’alphabet porte un nom. La différence notable entre notre alphabet graphique et notre alphabet conventionnel reside dans le fait que chaque element aura aussi une valeur semantique. En les associant l’un avec l’autre, nous obtiendrons des kanjis ainsi que de nouveaux composants, et pourrons ainsi construire des caractères plus complexes. »

Dit autrement, cette méthode trouve son efficacité du fait qu’elle fait appel aux deux hémisphères du cerveau. La partie analytique qui va retenir un nombre limité de clés/composants avec une signification correspondante et la partie qui fait appel à l’imagination et à la créativité qui va créer des histoires associant plusieurs composant pour accéder à un niveau plus complexe de kanjis.

Peut-être que certains se sont perdus en route, cela sera beaucoup plus parlant avec deux exemples concrets :

RisqueKanjiCe kanji signifie risque. Lorsque vous l’apprendrez selon la méthode Heisig, vous aurez appris au préalable le kanji qui signifie jour ou soleil (arrondissez tous les angles et imaginez un sourire au milieu de cette sphère, vous retrouverez le soleil de votre enfance) et le kanji qui signifie œil (à nouveau, il suffit de se souvenir que les kanjis ne peuvent pas être ronds. De même que la bouche est représentée par un carré, on imagine facilement ici un globe oculaire avec la pupille représentée par les deux traits centraux). L’association de ces deux kanjis, sous forme de composants de ce nouveau kanji, va rapidement nous mener à la signification de risque grâce à une petite historiette : pensez en effet (je paraphrase le livre) à la recommandation de vos parents de ne jamais regarder directement le soleil, au risque de vous bruler les yeux et vous aurez alors définitivement ancrer la signification de ce kanji sans grand effort de mémorisation en imaginant cet œil qui regarde vers le soleil .

ProspereKanjiFacile à première vue de confondre ce kanji avec le précédent et c’est tout le risque de la mémorisation globale qui ne fait appel essentiellement qu’à la mémoire visuelle. Ce kanji signifie prospère. Mais si nous reprenons nos composants, nous avons donc ici une double manière de le mémoriser : tout simplement en imaginant un jour ensoleillé qui reprend les deux significations de ce composant et que l’on associera facilement de manière imagée a un jour prospère et donc a la signification du kanji. Pour être sur de ne pas l’oublier, on pourra imaginer une journee improbable avec deux soleils qui serait le comble de la prospérité !

TableauKanjiJaponais

Mais c’est du Chinois ! Non, des kanjis japonais (inspirés bien-sur des idéogrammes chinois)
qui n’auront bientot plus de mystère pour vous grâce à la méthode Heisig

En plus de sa face ludique, cette méthode permettrait donc de s’approprier la signification des kanjis plus rapidement et avec moins d’efforts. Elle présente en plus l’avantage d’être adaptable puisque rien ne vous empêche, bien au contraire, de personnaliser les histoires avec vos propres astuce mnémotechniques qui vous permettront d’associer les composants pour retenir les kanjis. Toutefois, elle ne vous épargnera pas de l’assiduité nécessaire à l’apprentissage. Mais à raison d’une dizaine ou vingtaine de kanjis par jour, les plus motivés peuvent espérer un apprentissage des 2000 kanjis qu’elle propose en six mois. Cependant, deux nuances de taille :

1. Même en connaissant ces 2000 kanjis, la langue écrite sera encore loin d’être maitrisée. En effet, Les kanjis, s’ils ont un sens propre, ne constituent la plupart du temps pas des mots en tant que tels. C’est leur association entre eux et avec les signes syllabiques japonais (hiraganas et katakanas) qui va former les mots et les phrases. Par exemple, le mot bibliothèque s’écrit à l’aide de trois kanjis 図書館 (toshokan, en romaji,  としょかん, en hiragana), le premier signifiant carte, le second, écrire, le troisième signifiant résidence ou bâtiment. Il s’agit donc étymologiquement du bâtiment où l’on écrit les cartes … mais il s’agit ici d’un exemple simple !

2. Cet ouvrage passionnant vous ouvrira une première porte vers le monde magique des kanjis mais il ne s’agit que du vestibule ! En effet, outre la première nuance de taille, il ne vous permettra pas de les prononcer, les kanjis ayant une multitude de prononciations selon le contexte. Un Chinois débarquant au Japon sera par exemple pratiquement à même de lire et comprendre globalement le journal (hormis les hiraganas et katakanas) mais dans l’impossibilité de converser avec un Japonais (comme, si je ne me trompe, dans certains pays arabes qui partagent la langue écrite mais pas la langue orale). De la même manière qu’ils ont assimilé de nombreux mots anglais mais avec leur prononciation (un lit sera un bedo, une cuillère une soupoun, une table une teburu), ils ont assimilé logiquement les sons des idéogrammes chinois pour les adapter à leur phonétique. On parle alors de lecture ON ou ON-yomi. « Le passage du phonème chinois au phonème japonais ne s’est pas fait sans mal (les deux langues étant très différentes). Les tons ont disparu, certains sons se sont transformés. À cela, il faut ajouter le fait que les emprunts ont été faits à différentes époques et à différents dialectes chinois, et que les deux langues ont évolué » (source wikipedia). Tandis que pour les verbes ou autres adjectifs, ils utilisent une lecture japonaise, KUN ou KUN-yomi, le kanji ayant une retranscription sonore uniquement pour le radical, la fin du mot (conjugaison, déclinaison) étant écrite et prononcée à l’aide des hiraganas.

Mais ne vous découragez pas par ma prose trop alambiquée. Le livre est beaucoup plus pédagogique et ludique. N’hésitez pas, la lecture de ce livre, par bribes pour découvrir ou reconnaitre un kanji, ou systématique pour les apprendre, est un pur moment de plaisir presque aussi addictif que le chocolat. Les Kanjis dans la tête ou comment démêler le casse-tête de ces signes fascinants.

Les Kanjis dans la tete d’Yves Maniette
Adaptation francophone de Remembering the Kanjis par James W. Heisig

Où se le procurer à Tokyo :
- Librairie Omeisha

Quelques liens utiles :

- Le site d’Yves Maniette où il propose la preface et les premieres pages du livre en lecture libre
- Remembering the Kanji pour les anglophones
- Un blog amusant qui raconte l’apprentissage des kanjis par cette méthode et du japonais façon geek

Japon – Nihon – にほん – 日本

nihonkanji

A tout seigneur, tout honneur, commençons cette série de Kanjis par le Japon.

Japon, Nihon en romanji, にほん en hiragana, est composé de 2 kanjis : 日本.

Premier post sur les kanjis oblige, quelques éclaircissements :

Chaque kanji peut avoir plusieurs significations, il est souvent un agrégat de plusieurs composants, eux-mêmes, kanjis ou simplement composants qui n’ont pas d’existence en tant que tel mais qui correspondent à une ou plusieurs significations. Le kanji , par exemple, est composé du kanji arbre  et du kanji qui signifie Un. Mais en tant que composant, il signifie plutôt plancher ou plafond comme on peut facilement l’imaginer de manière visuelle. Le sens  de racine (ou d’origine au sens figuré) prend alors tous son sens puisqu’il s’agit ici de ce qui existe sous le « plancher » de l’arbre. Pour le sens de livre, On peut s’amuser à l’apprendre autrement en imaginant le trait comme une scie qui tronçonne l’arbre pour en faire … du papier et donc un livre  (Référence au livre Les Kanjis dans la tete).

Un kanji peut également avoir plusieurs prononciations. Il en a au minimum deux :

– la ON(-yomi) qui correspond à la prononciation chinoise du kanji. Toutefois cette prononciation n’est pas identique à ce qu’on entendrait en chinois, celle-ci est adaptée de façon à pouvoir être prononcé en japonais.

– la KUN(-yomi), qui correspond à la prononciation japonaise du kanji

Mais ce serait trop simple d’en rester là.

La prononciation ON est le plus souvent employé lorsqu’on utilise le kanji dans un mot composé de plusieurs kanjis. En effet si un kanji est composé d’un ou plusieurs kanjis/composants. Un mot peut, lui, être composé d’un ou plusieurs kanjis distincts. Cette prononciation est donc très souvent utilisée et commune à plusieurs kanjis. Un kanji peut avoir jusqu’à une dizaine de prononciation ON différentes selon ces associations.

La prononciation KUN, elle, s’utilise quand le kanji est seul ou lorsqu’il est utilisé dans un verbe ou un adjectif. Un kanji a le plus souvent une ou deux prononciations KUN.

Un bon site (qui m’a aidé pour ces explications) pour en apprendre plus et s’entrainer sur les kanjis : lekanji.com

日本 veut donc dire textuellement « origine du soleil ». En effet, signifie soleil (et jour également) et signifie origine ou racine (mais aussi livre). On peut donc donner comme signification à ce nom « pays du soleil levant ».

Pour un petit rappel historique, Wikipedia s’avère ici très instructif :

Avant que le Japon n’entretienne des relations avec la Chine, il se désignait lui-même sous le nom de Yamato (Yamato correspond à la fin du IIIe siècle aux plaines et aux monts autour de l’ancienne capitale de Nara, appelée province de Yamato. La période Yamato (250-710) désigne la période de l’histoire du Japon où une structure politique et sociale se met en place dans la province de Yamato. Par extension, le peuple Yamato représente l’ethnie majoritaire au Japon, par opposition aux Aïnous et aux Okinawaïens, et la langue de Yamato désigne en japonais le lexique de la langue indigène japonaise par opposition au lexique d’origine chinoise. Yamato s’ecrit avec ce kanji, ) et sous celui de Hi-no-moto , qui signifie « source du soleil », terme probablement dû à la position géographique du Japon. La Chine ancienne de l’époque des Trois Royaumes appelait le Japon pays des Wa (). Bien que péjorative à l’origine — le caractère utilisé signifie « nain » — un caractère différent , qui a des connotations plus positives, commença à être utilisé. Rétroactivement, ce caractère fut adopté au Japon pour noter le nom Yamato (大和), souvent combiné avec le caractère 大, signifiant « Grand ». Quand hi-no-moto fut écrit à l’aide de kanji, on lui attribua les caractères (jour/soleil) et (origine/racine). Ces caractères étaient lus hi-no-moto par les Japonais.

L’origine de ce nom dans les autres pays que le Japon remonte à une missive envoyée à la Chine par le prince Shōtoku Taishi (聖徳太子 574-622) commençant par « de l’empereur du soleil levant à l’empereur du soleil couchant… » et se réfère à la position du Japon par rapport à l’Extrême-Orient du continent asiatique. À l’aide de caractères chinois, ce terme de « origine/racine du soleil » s’écrit 日本, mais ces caractères ne se prononcent pas de la même manière au Japon et en Chine. La diplomatie chinoise adopta ce nom inventé au Japon, mais le prononcèrent en mandarin. En chinois moderne, les caractères 日本 se transcrivent rìběn en hanyu pinyin. À l’époque de la dynastie Tang, la prononciations de ces caractères était approximativement [njitbə̌n]. Un ancêtre de cette forme chinoise rìběn est à l’origine du nom du Japon en langue française.

Au Japon, au cours du temps, les caractères 日本 ne se lurent plus hi-no-moto mais commencèrent à être lus en utilisant la prononciation chinoise. C’est-à-dire les prononciations chinoises déformées par les oreilles japonaises : nippon et plus tard nihon. Le caractère chinois 日 représente le mot purement japonais nichi qui signifie « jour » qui est abrégé sous la forme ni dans nihon. Hon étant une altération phonétique de bon, lui-même déformation du son chinois [bə̌n] (本) et qui signifiait bien « racine » à l’origine.

Le mot Japon parvint en Occident à partir de routes de commerces anciennes. En mandarin le mot utilisé pour désigner le Japon fut noté par Marco Polo comme étant Cipangu ou Cypango. Cette forme correspond au chinois moderne 日本国 rìběnguó (« pays de la racine du jour »). La prononciation du nom a pu passer en malais Japang, emprunté au chinois (peut-être une ancienne version du mot cantonais moderne yahtbun). Ce nom fut rencontré par les marchands portugais à Malacca au cours du XVIe siècle. On pense que ces marchands portugais furent les premiers à rapporter ce mot en Europe. On le rencontre en anglais pour la première fois en 1577 sous la forme Giapan. En français, le terme est passé par Japan sur la carte de Jean Guérard de 1634 où la baie d’Hudson est annotée « grand Océan découvert l’an 1612, par Henry Hudson l’anglois, l’on croit qu’il y a passage de là au Japan ».

Et, pourquoi pas s’amuser un peu avec les deux kanjis qui forment le mot Japon : signifie soleil mais aussi jour, et (très proche du kanji 木 et qui signifie arbre) qui signifie origine, racine, mais aussi livre et sert de classificateur pour les objets longs car ils les livres étaient de longs parchemins autrefois. Inventons alors une nouvelle signification au mot Japon : un livre ouvert sur le jour , finalement une manière de découvrir ce pays par l’écriture.