Kaïro, l’angoisse de la solitude par Kiyoshi Kurosawa

Vous avez sûrement remarqué, il est une frustration étrange lorsque l’on vit dans un pays étranger et que l’on n’en maîtrise pas encore la langue. Nous sommes coupés de tout un pan de la culture du pays, presque plus accessible lorsque l’on vit à Paris, ville nipponophile abreuvée d’art, cinéma, romans, nourriture ou design japonais. Le cinéphile que je suis, se trouvait tout penaud en arrivant au Japon car je ne connaissais que très peu ce cinéma au rayonnement international et aux grands noms comme Ozu, Kurosawa, Miyazaki ou Kitano pour ne citer que ceux-là. J’ai donc décidé de rattraper le retard en faisant mes emplettes en France … pour vous faire ensuite partager les claques cinématographiques que j’ai prises.

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Commençons aujourd’hui par Kiyoshi Kurosawa, homonyme du plus célèbre Akira Kurosawa mais qui n’a aucun lien de parenté avec lui. Kiyoshi Kurosawa est le cinéaste phare d’une nouvelle génération succédant à « la nouvelle vague japonaise« , ses influences sont à chercher du côté du cinéma américain de Sam Peckinpah, Richard Fleicher ou Robert Aldrich mais aussi chez des auteurs européens comme Jean-Luc Godard ou encore Fedrico Fellini. C’est l’assimilation de ce cinéma mondial, à la fois de genre et d’auteur, son environnement japonais et son talent bien-sûr qui vont créer une patte unique, celle d’un maître du suspens et du fantastique, effrayant souvent mais réfléchi, toujours. C’est Cure, en 1997, un film qui allie thriller et ambiance fantastique, qui va le faire connaître dans de nombreux festivals internationaux. Kaïro en 2001, impose son sens du cadre et le place définitivement comme un maître de l’horreur. Il sera également à l’honneur avec le thriller, Jellyfish, en 2003 à Cannes. Il reviendra par la suite aux films de fantômes et réalisera Séance en 2004 puis Loft en 2006, année où Kaïro fait l’objet d’un remake américain produit par un grand nom américain de l’horreur Wes Craven (Pulse). Son acteur fétiche Koji Yakusho l’a accompagné tout au long de sa filmographie jusque Tokyo Sonata qui, dans un genre beaucoup plus dramatique, remportera le Prix Spécial du Jury dans la sélection Un certain Regard à Cannes en 2008. Ce film qui parle de la société japonaise et des difficultés sociétales et familales connaîtra un retentissant succès international. Kyoshi Kurosawa vient de réaliser pour la télévision japonaise une série à succès Shokuzai, qui vient tout juste de sortir sur les écrans en France, amis de France, foncez-y !

Mais c’est sur Kaïro que je souhaite m’appesantir ici. Kaïro est un film d’épouvante, un film fantastique mais c’est surtout une étude de la société nippone contemporaine. Le pitch tient en peu de mots : « Taguchi, un jeune informaticien, est retrouvé pendu dans son appartement. Sous le choc, ses collègues cherchent à en savoir plus sur ce suicide inexplicable. La victime a laissé un mystérieux message contenu dans une simple disquette. De toute évidence, celle-ci recèle un virus qui contamine ses utilisateurs et a de graves répercussions sur leur comportement. A Tokyo, l’inquiétude grandit au fur et à mesure que le virus se propage à travers les réseaux informatiques. Des petits groupes de jeunes gens tentent de résister, tandis que les disparitions se multiplient. »

Alors que le film date de plus de dix ans, Kiyoshi Kurosawa identifie parfaitement les dérives de notre société virtuelle. L’internet était encore balbutiant mais il explicite parfaitement le risque d’isolement engendré par ses communications virtuelles. Difficile de ne pas considérer Kurosawa comme un précurseur lorsque l’on observe les Tokyoïtes dans le métro. Tels des fantômes, ils sont en effet , quand ils ne dorment pas, plongés dans leur écrans. J’ai même assisté plusieurs fois à des scènes dans le métro où des collègues, des amis ou des couples ne communiquaient plus quasiment que par écrans interposés … ce phénomène d’isolement paradoxal, l’internet étant une toile censée relier tous les êtres est un phénomène qui me paraît de plus en plus inquiétant et l’allégorie du film est une brillante réflexion sur cette thématique.

Tasukete (たすけて), tasukete, tasukete … , « à l’aide » en japonais, est cet effrayant leitmotiv que répètent ces fantômes qui ne veulent pas subir la solitude dans laquelle les ont enfermés la mort mais aussi les vivants. Mais à bien y réfléchir, comme l’exprime l’héroïne mélancolique qui combat le positivisme de son compagnon de fortune, nous sommes de plus en plus seuls dans ce monde moderne et ces esprits ne le sont pas plus que nous. Solitude se dit d’ailleurs Sabishi en japonais, ce qui se traduit également par tristesse et, à voir la multiplication d’âmes solitaires à Tokyo , on peut légitimement s’inquiéter sur ce phénomène croissant. Le nombre de femmes qui vivent avec … leur animal domestique, les bars à bisous ou à calins (ceux-là n’ont aucune connotation sexuelle, il s’agit juste d’avoir du réconfort et une présence pendant quelques heures), les nekko bars (en voila un qui débarque à Paris : le café des chats), les bars où l’on peut louer des grands-parents pour quelques heures … la société nippone est en mal de communication tant l’individualisme, le travail, la réussite ont primés sur les valeurs pourtant shintoïstes comme la famille ou le respect des aïeuls.

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Mais résumer Kaïro à une brillante allégorie sur l’angoisse de la solitude serait insuffisant, c’est également une extraordinaire mise en scène et un renouveau total du film d’épouvante. Pas d’effets superflus ici pour vous faire sauter au plafond, pas de musique pompière pour faire monter l’adrénaline, le peur dans Kaïro est insidieuse, elle vous fait progressivement frissonner pour atteindre un réel degré d’angoisse tel ce couple de vieux dans Mulholland Drive. Les trouvailles sont multiples comme cette tâche noire qui remplace les corps disparus, comme ce jeu sur les focales et ces tremblements de caméra qui rendent les mouvements des fantômes imprévisibles et effrayants. Avec très peu d’effets spéciaux spectaculaires, Kurosawa nous fait entrer dans le monde des revenants et, tout rationnel que l’on soit, on finit par accepter ce monde où humains et esprits ne font presque qu’un. Les jeux avec les différents écrans ayant un rôle primordial dans l’histoire, avec ces portes fermées par du ruban adhésif rouge qui s’ouvrent vers la zone interdite, sont magnifiques et preuves d’un grand sens du cadre.

Kaïro est une parfaite initiation pour mieux appréhender les affres société japonaise moderne et les croyances traditionnelles, la religion shintoïste étant fondée sur la présence d’esprits, les kamis. C’est aussi un délice pour se faire peur sans risquer la crise cardiaque.

Éteignez les lumières et laissez venir les fantômes …

Kaïro (2001) de Kiyoshi Kurosawa, distribué chez Arte Video

Pour approfondir :
- Critique du film dans un excellent blog de cinéma : Shangols
- Bio Wikipedia de Kiyoshi Kurosawa

Hiroshima mon amour : ode à l’amour et réflexion sur la guerre

Je n’avais jamais vu Hiroshima, mon amour d’Alain Resnais. Mais ce titre avait une double résonance à mes oreilles. De par son oxymore troublant, il évoquait une histoire d’amour incroyable mais aussi la violence de la guerre. Et puis, il est aussi indirectement lié à mon amour pour le cinéma : cinéphilie que je dois à mes deux parents, et ici particulièrement à ma mère (elle préférerait que j’écrive Maman et, comme toute Maman qui se respecte, c’est la lectrice la plus assidue du blog de son fils, je rectifie donc tout de suite cet écart de langage !). J’ai des souvenirs fugaces de sa grande admiration pour ce film et du décret péremptoire que les hommes japonais étaient magnifiques, je comprends maintenant pourquoi même si elle a du être un peu déçue récemment pour sa première venue au pays du soleil levant :  Tous les hommes nippons ne ressemblent pas à Eiji Okada, désolé Maman …

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Si je me suis décidé à enfin voir ce film, c’est aussi bien sur parce que vivant désormais au Japon, j’ai pensé qu’à la portée universelle du film pourrait s’ajouter l’intérêt du regard qu’Alain Resnais porte sur un Japon de la fin des années cinquante. Et puis, il y a Emmanuelle Riva. Emmanuelle Riva, c’est une incroyable actrice qui a principalement voué sa carrière au théâtre mais qui peut s’enorgueillir d’avoir traversé plus de cinquante ans de cinéma sous la direction de grands réalisateurs : pour Jean-Pierre Melville dans Leon Morin prêtre, pour George Franju dans Thérèse Desqueyroux et Thomas l’imposteur, pour Philippe Garrel dans Liberté, la nuit, pour Marco Bellochio dans Les yeux la bouche, pour Emmanuel Bourdieu dans Vert paradis, pour Krzysztof Kieslowski dans Trois Couleurs : Bleu, et tout récemment son magnifique rôle au côté de Jean-Louis Trintignant pour Michael Haneke dans Amour, excusez du peu ! C’est d’ailleurs ce dernier film qui 53 ans après Hiroshima mon amour crée un fil rouge invisible mais passionnant dans la carrière de cette grande dame : deux histoires bien différentes mais tout aussi puissantes sur ce sentiment que tant d’artistes et cinéastes ont tenté un jour de percer : l’amour.

Mais revenons donc au film d’Alain Resnais. 

L’histoire : Hiroshima, 1959, Une femme, ELLE et un homme, LUI, s’étreignent dans un hôtel. ELLE est venue tourner dans un film pour la paix à Hiroshima, LUI, japonais, ancien soldat et natif d’Hiroshima, est son amant. Pendant deux jours et deux nuits, ces deux amants vont s’aimer d’un amour fou mais condamné à ne pas durer. Pendant deux jours et deux nuits, ils vont se livrer totalement et se raconter, ELLE, survivante d’un amour passionnel de jeunesse avec un officier allemand sous l’Occupation, lui, rescapé de la guerre ayant perdu tous ses proches à Hiroshima.

Pourquoi faut-il voir ou revoir ce film aujourd’hui ?

Parce qu’il est une magnifique ode à l’amour, que ce soit les amours naissantes et obsessionnelles d’ELLE, qui narre à son amant japonais sa passion de jeunesse pour un officier allemand pendant la guerre. Rappelons-nous que nous sommes en 1959, seulement 14 ans après la fin de la guerre, et que grâce à l’écriture de Marguerite Duras et à la remarquable mise en scène d’Alain Resnais, on discerne comment l’absolu de l’amour n’a que faire de la guerre et des enjeux politiques. Cet amour impossible et obsessionnel qui sera frappé par l’opprobre et la honte après la guerre est filmé et raconté par Elle/Riva à Lui/Okada car, étranger mais surtout amoureux, il est le seul à pouvoir comprendre. Et c’est lorsque l’amant japonais comprend qu’il est et sera à jamais le seul récipiendaire de ce secret inavouable qu’il prend conscience de l’abandon total de sa maîtresse. C’est un message très simple mais d’une force absolue que nous livrent Alain Resnais et Marguerite Duras mais il est délivré avec grande finesse: L’amour ne parle qu’aux amoureux.

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ELLE et LUI, Nevers et Hiroshima, Emmanuelle Riva et Eiji Okada, dans Hiroshima, mon amour d’Alain Resnais (1959)

Mais Hiroshima mon amour n’est pas qu’un film sur l’amour et ne peut pas se regarder que selon cet angle de vue. Dès le titre, nous devinons qu’il délivrera également un message politique. Alain Resnais, lui aussi toujours en activité plus de cinquante ans plus tard, avait d’ailleurs souhaité réaliser un documentaire sur Hiroshima à l’origine. C’est en constatant le nombre d’œuvres documentaires sur le sujet qu’il décida, bien lui en a pris, de réaliser un film de fiction. Mais l’angle politique est pour autant bien présent dans le long-métrage. Ainsi, le film commence par ce dialogue célèbre, extrait du livre/scénario de Marguerite Duras. En voici le tout début :

LUI: Tu n’as rien vu à Hiroshima. Rien.

ELLE: J’ai tout vu. Tout. Ainsi l’hôpital je l’ai vu. J’en suis sûre. L’hôpital existe à Hiroshima. Comment aurais-je pu éviter de le voir ?

LUI: Tu n’as pas vu d’hôpital à Hiroshima. Tu n’as rien vu à Hiroshima.

ELLE: Je n’ai rien inventé.

LUI: Tu as tout inventé.

ELLE: Rien. De même que dans l’amour cette illusion existe, cette illusion de pouvoir ne jamais oublier, de même j’ai eu l’illusion devant Hiroshima que jamais je n’oublierai. De même que dans l’amour.

Même si ce long dialogue qui accompagne l’étreinte des amants et des images d’Hiroshima est, il faut bien le dire, très formel (nombreux sont ceux qui ont du mal à adhérer au style Nouveau Roman de Marguerite Duras), et peut faire peur au spectateur inattentif, il est indispensable au reste du film et au fur et à mesure que le dialogue va perdre en solennité pour gagner en intimité, le spectateur va comprendre que l’essentiel a été dit dans ces premiers échanges : de l’amour comme de la guerre, on peut survivre même si la force et l’absolu des sentiments présents rendent inimaginables l’oubli. S’agit-il d’ailleurs de l’oubli ou plus du temps qui passe, l’homme a cette incroyable faculté à se reconstruire de tout, du meilleur comme du pire.

Pourquoi, encore, ce film est-il indispensable ? Parce que c’est donc l’histoire de deux survivants, ELLE, survivante d’un amour fou dans sa ville de Nevers avec un officier allemand pendant la guerre. LUI, rescapé de la BOMBE, qui parce qu’il était paradoxalement un soldat, a échappé au sort de sa famille et des habitants de sa ville natale. En ce sens, sans jamais sombrer dans un pacifisme béat, le film expose toute l’absurdité de la guerre et l’extrême souffrance psychologique pour ceux qui en réchappent.

Parce qu’Alain Resnais fut un des premiers grands cinéastes à comprendre qu’il est impossible de montrer tout directement à l’écran. Comme, plus tard, dans Ombre et Brouillard, son autre grand film sur les atrocités de la guerre, il eut l’intelligence de traiter du thème de la bombe de manière détournée, en mettant à nu les souffrances de l’homme, son incapacité première à les partager. Comme l’amour impossible de NEVERS qu’il ne pourra appréhender que via ses sentiments pour sa maîtresse, ELLE ne pourra appréhender la bombe nucléaire que via le spectre de la souffrance de son amant.

Parce que, il faut le rappeler, ce film fut considéré comme un OVNI filmique en 1959. En atteste le témoignage du grand critique de cinéma Michel Ciment, présent lors de sa projection à Cannes :  « Avec Hiroshima, mon amour, j’ai eu la sensation de n’avoir jamais vu cela au cinéma, j’en tremblais. Resnais a fait avec ce film un peu comme Picasso avec Les Demoiselles d’Avignon. Il y avait là un objet cinématographique qui rendait tout le reste classique. Il y avait une réelle nouveauté qui m’avait à l’époque complètement électrisé. Cette réflexion sur l’histoire, le fait de mêler l’intime, qui d’ailleurs à l’époque avait beaucoup choqué, l’individuel au collectif, l’histoire et le destin individuel, dans un style absolument soufflant de fluidité m’a complètement bouleversé. J’ai eu l’impression qu’on ne faisait plus du cinéma de la même façon. » De la musique magnifique de Georges Delerue à la formidable osmose entre les deux comédiens, de la mise en scène élégante avec cette caméra qui déambule dans Hiroshima et Nevers avec beaucoup de douceur, jusqu’au montage révolutionnaire pour l’époque aussi qui n’hésite pas à alterner les flashbacks au fur et à mesure que le couple se livre l’un à l’autre, on a constamment l’impression de naviguer dans un rêve aux eaux troubles et néanmoins aux émotions si vraies.

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Aussi, il faut bien le dire, si les documentaires furent peut-être nombreux à l’époque pour essayer de commenter et regarder l’indicible et l’inimaginable à Hiroshima et Nagasaki, force est de constater que rares sont les grandes œuvres qui témoignent de l’atrocité de ces deux bombes larguées par les Américains. Elles posent d’ailleurs un vrai questionnement, tristement remis au goût du jour avec l’accident de la centrale de Fukushima, même si les deux événements n’ont que le nucléaire pour lien (ni le nombre de morts, très peu dus à l’accident de la centrale pour Fukushima, ni la nature de l’événement etc.). Peut-être est-il naïf d’en parler ainsi et de nombreux cyniques ont rapidement affirmé que ces bombes avaient permis de mettre un point final à la seconde guerre mondiale. Mais, avec le recul, comment éluder la question et comprendre pourquoi les décisionnaires du largage de ces deux bombes n’ont pas été jugés pour crimes de guerre par un tribunal international ? On parle, même selon les estimations les plus faibles de chiffres dépassant les 100 000 civils assassinés, sans compter les milliers de morts de cancers et autres maladies induites par les radiations. Je reviendrai dans ce blog sur ce sujet, véritable déni de l’histoire pour ce qui est de mon opinion, malsain pour les États-Unis et le Japon et toutes les puissances détenant l’arme nucléaire ou souhaitant l’acquérir. Il est aussi intéressant de constater que ce déni de l’histoire fut accompagné d’un déni des crimes de guerre japonais commis dans toute l’Asie. Nombreux sont les tortionnaires japonais à avoir accédé à des postes de dirigeants après la guerre, cela avec l’accord tacite des Américains. Et le refus de la catastrophe et donc de ses conséquences par le gouvernement japonais a créé une génération de parias irradiés à Hiroshima et Nagasaki qui ont connu la double peine : celles des souffrances et des maladies et celles psychologiques d’être inexistants pour beaucoup de japonais tant le sujet était et reste tabou.

Au plaisir de cinéphile et à la magnifique réflexion sur l’amour et l’oubli, Hiroshima mon amour aura été pour moi un moyen détourné de me pencher sérieusement sur ce double déni japonais ainsi que sur l’abstraction coupable que représentent encore pour moi les mots Hiroshima ou Nagasaki aujourd’hui.

Liens utiles  :
- Excellente analyse du film
- Tu n’as rien vu à Hiroshima – Photos d’Emmanuelle Riva  – Édition publiée sous la direction de Marie-Christine de Navacelle avec la collaboration de Sylvette Baudrot, Alain Resnais et Emmanuelle Riva – Collection Haute Enfance (Albums), Gallimard
- Article Wikipedia assez complet sur les bombardements d’Hiroshima et Nagasaki