Word Press Photo 13 – Le meilleur de la photo reportage à Tokyo

Les quartiers d’Ebisu et de Daïkanyama regorgent de lieux culturels, touristiques ou gastronomiques. Si vous avez envie de sortir un peu des éternels Shibuya, Shinjuku, Roppongi, Ueno et autres Asakasa, c’est une belle alternative verdoyante pendant l’été. En plein centre de ce quartier, se dresse le monumental Yebisu Garden Place qui a mis 17 ans à sortir de terre au milieu des années 90. On y trouve notamment le fameux château (kitsch) qui sert de lieu prestigieux au restaurant de Joël Robuchon. Mais je ne vous parlerai pas de petits plats aujourd’hui mais plutôt de grandes photos.

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Des troncs de pins déracinés survolent la mer après le tsunami du 11 mars 2011 © Daniel Berehulak, Getty Images

Le Yebisu Garden Place couvre en effet en son sein le passionnant Tokyo Metropolitan Museum of Photography. Si vous souhaitez le visiter dans son intégralité, vous n’aurez pas assez d’une demi-journée tant les expositions et collections sont riches. Je vous recommande donc d’être gourmet plutôt que gourmand et de vous concentrer sur l’exposition Word Press Photo 13 que vous pourrez admirer jusque début août. Elle regroupe des photos de reporters prises à travers le monde entier et dans des genres aussi différents que le reportage de guerre, la photographie de sport ou le reportage animalier. Vous y trouverez des thématiques fortes comme le droit bafoué des femmes en Afghanistan, des homosexuels au Vietnam, les enfants victimes de la guerre, la pauvreté, les gangs, l’environnement, bref tout ce qui fait l’actualité de notre planète.

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Femmes afghanes fabriquant des poupées © Majid Saeedi, Getty Images

Toutes les contradictions de notre monde résumées dans cette photo : des femmes de Kandahar (Afghanistan) embauchées par une ONG pour fabriquées des poupées au style occidental, et ce pour essayer de leur rendre un peu d’autonomie.

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Un compétiteur passe la ligne d’arrivée d’une course de vaches à Batu Sangkar, sur l’île de Sumatra en Indonésie © Wei Seng Chen, Malaisie

Le sport ne se résume à la Coupe du Monde Fifa de football, c’est un univers qui touche au folklore et aux coutumes de chaque pays et qui mériterait sa place tout autant que les arts dans l’approche souvent trop méprisante des intellectuels.

Micah Albert of the U.S., has won the first prize in the Contemporary Issues Single category of the World Press Photo Contest 2013with this picture of a woman pausing in the rain as she works as a trash picker at a 30-acre dump in Nairobi

© Micah Albert, Redux Images pour le Centre Pulitzer sur les reportages de crise

Une femme lit un magazine au beau milieu des décharges d’un bidonville du Kenya, décharges dont elle trie tous les jours pour 2$ les matériaux qui peuvent être récupérés. Cette décharge n’est qu’à 9km du centre de Nairobi et près de 10.000 personnes y travaillent tous les jours malgré les innombrables risques sanitaires.

Voici un petit échantillon des photos qui m’ont le plus marqué mais je ne vous recommanderai jamais assez de vous rendre sur place : Une photo sur un écran, c’est un peu comme une chanson dans un walkman ou un film à la télévision, tous vos sens ne sont pas en action.

Word Press Photo 13, jusqu’au dimanche 4 août 2013.

Tokyo Metropolitan Museum of Photography
Ouvert de 10hoo à 18h00 (les jeudi et vendredi jusque 20h00), fermé les lundi sauf jours fériés
〒153-0062 Yebisu Garden Place, 1-13-3 Mita Meguro-ku Tokyo
Tél. : 03-3280-0099

Sophie Calle – Pour la dernière et pour la première fois – au Hara Museum

Dans un petit mais néanmoins captivant musée, le Hara Museum, à quelques encablures de l’immense gare de Shinagawa, se tient en ce moment une double exposition de l’artiste française, plasticienne, photographe et écrivaine Sophie Calle qui s’interroge sur le sens de la vue. D’une part, avec la directrice de la photographie Caroline Champetier, elle met en scène et expose des hommes qui découvrent pour la première fois la mer. D’autre part, elle photographie, recueille les témoignages et interprète avec ses propres photographies les dernières images en mémoire d’aveugles avant qu’ils n’aient perdu la vue. Ce double travail, ainsi que les questions entremêlées qu’il suscite, engendre une passionnante réflexion sur la vision et l’image pour les spectateurs.

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Sophie Calle est une artiste de l’intime qui aime utiliser sa propre vie comme objet d’étude. C’est aussi une femme qui, après avoir été une femme engagée dans diverses luttes politiques et féministes, cherche à utiliser tous les médias, écriture, photographie, vidéos, installations, pour avancer dans son cheminement. Mais l’autre, spectateur ou objet de ses études à mi chemin entre œuvres d’art et enquêtes documentaires, est aussi au cœur de son travail. Et les paroles, photographies ou perceptions des hommes/femmes rencontré(e)s sont souvent partie intégrante de son œuvre, Sophie Calle n’étant « plus qu' »une réalisatrice, mettant en scène et créant un lien jusqu’alors invisible entre ces inconnus. Un des thèmes récurrents de l’artiste est l’absence et cette exposition en est une parfaite illustration.

Comment est née cette double exposition ? Sophie Calle, qui a souvent joué de l’art de voir sans être vu, s’était déjà interrogée sur le rapport à la beauté des aveugles. Elle avait demandé à des aveugles de naissance pour une exposition en 1986, Les Aveugles, quelle était pour eux l’image de la beauté. Elle avait ensuite poursuivi son travail en faisant parler les Aveugles sur la notion de couleur et en mettant en parallèle ce travail aux travaux sur les monochromes de grands artistes contemporains. Un enfant aveugle lui dit par exemple que sa couleur préférée était assurément le vert car à chaque fois qu’il aimait quelque chose, feuille, herbe etc., on lui disait ensuite que c’était vert.

Mais c’est encore Sophie Calle qui parle le mieux de son exposition : Je suis allée à Istanbul. J’ai rencontré des aveugles qui, pour la plupart, avaient subitement perdu la vue. Je leur ai demandé de me décrire ce qu’ils avaient vu pour la dernière fois. La Dernière Image, réalisé en 2010 à Istanbul, historiquement surnommée « la ville des aveugles», donne la parole à des hommes et des femmes ayant perdu la vue, pour les interroger sur la dernière image qu’ils ont en mémoire, leur dernier souvenir du monde visible. »

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La Dernière Image (détail), 2010, color photograph ©ADAGP, Paris 2013
Courtesy Galerie Perrotin,Hong Kong & Paris – Gallery Koyanagi, Tokyo

Ce sont donc 13 portraits, 13 histoires et des photographies de Sophie Calle qui, non seulement photographie et met en scène ces hommes et femmes qui ont perdu la vue mais interprète aussi via la photographie et les jeux de focale la dernière image qu’ils décrivent. Au delà de l’émotion dégagée par chacune des histoires de ces personnages, c’est une très belle réflexion sur  la mémoire. Si l’on se rappelle que l’absence est au cœur du travail de Sophie Calle, il semble ici qu’il s’agisse d’un combat contre l’absence et surtout contre l’oubli. Une femme explique par exemple avec ses mots sobres qu’elle a tout oublié, y compris le visage de ses enfants. Seul le visage de son mari persiste, visage qu’elle s’applique à caresser et toucher tous les jours de peur qu’il disparaisse un jour aussi. Un autre raconte que parmi les nombreuses images qu’il garde en tête, la plus belle et la plus marquante est celle de la gare du détroit du Bosphore et son horloge qu’il regardait tout le temps quand il arpentait les eaux stambouliotes dans sa vie précédente. A chaque portrait, des histoires différentes : des accidents effrayants comme celui de ce chauffeur de taxi qui reçut un coup de pistolet d’un mafieux et dont les dernières images resteront à tout jamais celles de la peur et de la bêtise humaine mais aussi des situations beaucoup plus banales mais néanmoins bouleversantes où le flou puis le néant a progressivement pris le dessus.

La deuxième partie de l’exposition est une installation. C’est en préparant La Dernière Image que lui est venue l’idée de Voir la Mer : « À Istanbul, une ville entourée par la mer, j’ai rencontré des gens qui ne l’avaient jamais vue. J’ai filmé leur première fois.’ Mais elle s’est aussi rappelée de l’interview d’un aveugle lors de sa première exposition sur ce thème en 1986. A la question qu’elle posait à des aveugles de naissance – quelle est votre plus belle image ? – Un aveugle qui, lui, avait eu « la chance » de connaitre la vue lui fit cette magnifique réponse : « La plus belle chose que j’ai vu, c’est la mer, la mer à perte de vue« .

Dans une installation minimaliste, Sophie Calle nous donne donc à voir dans une même pièce 11 vidéos de personnages qui découvrent la mer pour la première fois. Face à la mer mais filmés de dos, pour éviter le pathos, on les observe face à l’infini et l’absolu de l’Océan et au son si particulier des vagues et du ressac.  Apres des secondes qui paraissent une éternité, ils se tournent et l’on découvre alors leur visage qui vient d’absorber cette plénitude de l’inconnu. L’émotion vient alors doucement en même temps que ces visages nous rappellent nos propres expériences face à la découverte de la beauté.

En sortant de cette belle exposition, vous pourrez profiter du jardin intérieur et apprécier ses sculptures d’art moderne depuis le Café d’Art qui le surplombe. Et de retour vers la gare, vous pourrez faire un très léger détour par le jardin Gotenyama attenant a l’Hôtel Laforet, nouvel exemple de l’art paysagiste japonais.

Sophie Calle – Pour la première et la dernière fois , jusqu’au dimanche 30 juin 2013.

Hara Museum of Contemporary Art
Ouvert du mardi au dimanche, de 10h à 17h (fermeture des portes a 16H30), les mercredi de 10h à 20h (fermeture des portes à 19H30)
4-7-25 Kitashinagawa, Shinagawa-ku Tokyo 140-0001
Tél. : 03-3445-0651
 

Liens utiles  :
AveuglesSophieCalle- Un article (wikipedia) très complet sur le travail de Sophie Calle
- Un autre article (Les Inrocks) sur la mise en scène de l’enterrement de sa mère
- Le Jardin Gotenyama

-Un beau livre regroupe ses différents travaux sur les aveugles : Aveugles aux éditions Actes Sud. Ce livre triptyque, également destiné aux aveugles, reprend les trois expositions qu’elle a consacrées au sujet : Les aveugles en 1986, La couleur aveugle en 1991 et la dernière image en 2010. Un article, issu d’un site, Lire dans le noir, et d’une association éponyme, consacrés à la lecture pour les aveugles en parle très bien ici

Les Iris du musée Nezu – Rateaux et pinceaux pour magnifier la nature

Pour quelques jours encore, les Tokyoïtes peuvent venir admirer les iris du Musée Nezu … pas seulement ceux du magnifique jardin mais aussi ceux des célèbres paravents de Kōrin Ogata ou Ichinojō (尾形 光琳), peintre du XVIIIème siècle, inscrit dans la lignée du grand maitre de la peinture décorative, Sotatsu . A l’instar des jardins Giverny qui permettent de mieux comprendre le travail de Claude Monet , le musée Nezu, ses collections et son jardin, sont un extraordinaire témoignage de l’art et du raffinement japonais, qu’il s’agisse de l’interprétation artistique de la nature ou de sa manière unique de l’agencer.

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Les Iris de Korin Ogata, Période Edo, XVIIIème siècle

Mais avant de parler de cette exposition, parlons un peu du Musée et de son jardin, tant il est exceptionnel et surprenant. Après avoir arpenté les rues très chic d’Omote-sando, aux bâtiments modernes et singuliers comme la tour Prada, l’Immeuble Cartier ou le bâtiment Omega, aux belles vitrines inabordables comme celle d’Issey Miyake, le Musée Nezu, au design moderne et épuré, associant bambous et matériaux modernes, fait sortir le badaud de cette ambiance consumériste  pour entrer dans une atmosphère d’apaisement et d’harmonie. Et cette sensation n’est pas due au hasard : l’architecte qui a modernisé le musée Nezu, est Kengo Kuma, qui vient tout juste d’inaugurer l’audacieux Fonds Régional d’Art Contemporain à Marseille et la Cité des Arts et de la Culture de Besançon  et est également à l’origine, entre autres, de la magnifique Great Wall Bamboo House. Encore plus que sur d’autres de ses projets architecturaux, il a voulu transmettre le wa japonais, en vogue chez les architectes japonais du XXIème siècle.

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Qu’est-ce que le Wa ? C’est le plus ancien nom connu du Japon que l’on rattache au kanji, , et qui a pour signification dans son sinogramme dérivé utilisé par les Chinois,   harmonie, paix, équilibre. (sources wikipedia). Datant du VIIème siècle, ce concept du Wa consiste à éliminer tout élément de discorde pour atteindre une harmonie parfaite. Transcrit dans l’architecture et le design contemporains japonais, le wa pose les questions du moyen – Comment construit-on dans le respect de l’environnement par exemple ? – et de la fin – Utiliser le design à des fins non consuméristes par exemple. Du design lumineux et épuré du bâtiment au corridor en tubes de bambous jusqu’aux plus petits détails (même les sièges pour se reposer et mieux observer les œuvres sont élégants, confortables et se fondent dans l’ensemble), tout est mis en place pour faire vivre au visiteur une expérience sereine et jubilatoire qui lui permettra d’apprécier d’autant mieux les œuvres présentées.

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NezuGarden3Quant au jardin, il s’inscrit dans la formidable culture paysagiste japonaise et doit son existence au fondateur du musée, Kaichiro Nezu, politicien et industriel japonais surnommé roi des chemins de fer durant sa longue présidence de la société Tobu. Nezu était un grand amateur de chanoyu (茶の湯), cérémonie du thé, et collectionneur de tout ce qui pouvait s’y connecter. Il a fait créer ce jardin, son étang et ses maisons de thé (chashitsu, 茶室), en hommage à cet art typiquement japonais (les Chinois qui ne sont pas en reste me pardonneront !). Se promener au milieu de ce jardin est un véritable enchantement qui en dit long sur l’art de maitriser la nature et surtout de la magnifier.

En y déambulant, je n’ai pu cependant oublier cette formidable planche d’Idees Noires de Franquin. Il y a certes un art incroyable dans ces jardins mais il est amusant de se dire que ces harmonies exceptionnelles sont tout sauf naturelles mais plutôt symboliques de la main mise de l’homme sur la nature comme en témoigne le magnifique étang aux Iris.

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©2001 André Franquin – Editions Audie- Fluide Glacial pour les Idées Noires

Mais cet interlude un peu moins lumineux ne nous fera pas oublier  la double passion de Claude Monet pour la peinture et le jardinage. Son domaine de Giverny était à ce titre un double sanctuaire et il n’est pas étonnant de découvrir que l’impressionniste était un grand collectionneur d’estampes japonaises, parmi lesquelles de nombreuses œuvres d’Utamaro, Hokusai et Hiroshige.

Mais voilà, le musée n’est pas seulement ce jardin aux multiples recoins, sculptures et surprises qui mérite d’être visité aux différentes époques de l’année, c’est aussi un sanctuaire pour une très grande collection d’œuvres d’arts japonaises et asiatiques. L’exposition temporaire National Treasure Irises Screens – Rinpa Splendor, qui met en avant paravents, estampes, laques, porcelaines, art de la calligraphie de l’École de peinture décorative Rinpa en est un exemple parfait.

Cette école fut créée par les artistes Hon’ami Kōetsu et Tawaraya Sōtatsu au debut du XVIIème siècle et connut son age d’or avec les frères Kōrin et Kenzan Ogata quelques cinquante ans plus tard. Le paravent aux Iris de Korin Ogata, celui des fleurs aux quatre saisons d’un peintre anonyme en sont deux des œuvres phares.

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Quant à Ukifune, issu du conte de Genji, également peint au XVIIème siècle et sur un paravent à six panneaux, il est amusant hormis le plaisir que l’on prend à observer la poésie et la maitrise des perspectives qui donne vie à la scène, de constater l’étonnante actualité de l’œuvre : le conte narre en effet les mésaventures d’un pêcheur chinois face à un bateau japonais qui va être renvoyé sur ses cotes par la colère des dieux, si je vous dis Senkaku/Diaoyu, ça vous dit quelque chose ?

Mais la taille relativement modeste du Musée Nezu permet d’explorer également ses collections permanentes. Je ne m’y étendrai pas ici mais sachez que vous y trouverez notamment une collection exceptionnelle de bronzes chinois de la dynastie Shang (XIIIème – XIème siècle av. JC), des céramiques, de la magnifique vaisselle japonaise et de formidables statues de Bouddhas et autres Bodhisattvas.

National Treasure Irises Screens – Rinpa Splendor, jusqu’au dimanche 19 mai 2013 au Musée Nezu.

Musée Nezu
Ouvert tous les jours de 10h à 17h (fermeture des portes a 16H30)
6-5-1 Minamiaoyama, Minato-ku Tokyo 107-0062
Tél. : 03-3400-2536
 

Liens utiles  :
- La Fondation Claude Monet à Giverny
- Plus d’informations sur Kōrin Ogata
- Les collections japonaises du Musée Guimet

デザイン あ, le b-a ba du design au 21_21Design Sight

デザイン あ (Design Ah !) est une exposition qui se tient au 21_21 Design Sight, l’unique musée japonais entièrement consacré au design dans les jardins du complexe Mid-Town a Roppongi. Cette exposition est née d’une émission pédagogique sur la NHK pour sensibiliser jeunes et moins jeunes au design. Succès aidant, les initiateurs de ce programme ont décidé d’en faire une exposition interactive qui permet d’apprivoiser les notions de bases du design tout en s’amusant.

デザインあ

Design Ah ! en Version Originale
Le mot design en japonais, qui a été emprunté a l’anglais,
se prononce dizaiin et s’écrit donc en katakana

, en hiragana (l’alphabet syllabique japonais), désigne la syllabe a. Il est donc comme la première lettre de l’alphabet que vont apprendre les enfants japonais à l’école, en même temps qu’ils apprennent leurs premiers kanjis. Comme pour tout kanji, hiragana ou katakana (alphabet syllabique japonais qui est utilise pour les mots d’origine étrangère), deux éléments sont primordiaux dans l’écriture : le nombre de traits utilisés pour un caractère et l’ordre pour réaliser ces traits. se constitue de trois traits, un premier horizontal, un second vertical qui croise le premier puis une boucle qui vient croiser à son pied deux fois le trait vertical. C’est à partir du dessin tout simple de ce hiragana et du son encore plus basique qu’il désigne que les créateurs du projet ont imaginé toute une série d’images, sur papier ou animées, de dessins, de sons, d’expériences interactives pour faire comprendre aux enfants et aux plus grands que le design est partout.

Passionnante et ludique, l’exposition fourmille d’expériences sensorielles et de jeux qui font appel à l’esprit créatif des visiteurs :

==> Devant un mur, les visiteurs sont invités à bouger, à danser, chaque corps étant repéré par des cameras et des capteurs et immédiatement représenté sous forme de , on assiste alors à une danse des qui prennent vie …

==> ailleurs, de mini-ateliers proposent de reproduire des origamis (art du pliage du papier qui s’est propagé dans le monde entier) ou des furoshikis (technique japonaise traditionnelle d’emballage en tissu utilisée pour transporter des vêtements, des cadeaux, le bentō,,etc.) en suivant pas à pas les pliages proposés par deux mains sur un écran. La vidéo ci-dessous n’est pas empruntée à l’exposition mais je ne résiste pas de vous la montrer pour que vous mesuriez l’adresse des Japonais au pliage … messieurs, plus besoin de perdre du temps pour plier ses T-shirts :

==> dans une salle, sont projetés sur quatre murs des images fixes ou en mouvement qui proposent des séquences autour du あ, autour des formes, autour des chiffres, expériences tout autant visuelles que sonores.

==> plus loin, un objet est présenté tel un modèle aux visiteurs, dessinateurs en herbe, qui peuvent en composer leur propre interprétation sur les différents ipad qui entourent l’objet. Les dessins réalisés sont en suite directement intégrés à un mur d’images géant mitoyen.

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Le design japonais dans les objets et la nourriture du quotidien.
Vous connaissiez « Tout est bon dans le cochon » …
Au Japon, c’est plutôt « Tout est beau dans le bento ! »

==> des objets de la vie courante ou de la gastronomie japonaise : vaisselle, baguettes, sushis … sont mis en valeur par leur démultiplication ou leur assemblage pour réveiller les sens du visiteur qui oublie souvent de voir dans son quotidien la beauté qui l’entoure.

Les expériences, créations sont trop nombreuses pour toutes les énumérer ici mais cette exposition est une véritable réussite et prouve combien les Japonais peuvent être inventifs et novateurs. Vous pouvez en tester quelques unes sur leur site comme celle-ci, le chant des. Et à voir comme les adultes sont tout autant partie prenantes que les enfants, les Japonais nous donnent une leçon sur l’importance de garder son esprit enfantin et joueur, libéré de tout carcan. Peut-être est-ce justement parce qu’ils souffrent de règles trop strictes lorsqu’ils sont au travail ou dans certains contextes familiaux mais ils démontrent en tout cas ici un bel élan créatif : les paradoxes du Japon n’ont pas fini de nous surprendre.

ah_exhibitsDesign Ah! jusqu’au dimanche 2 juin 2013

21_21 Design Sight, Midtown, Roppongi
Ouvert tous les jours sauf mardi, de 11H à 20H (Fermeture des portes à 19H30)

Tokyo Midtown, 9-7-6 Akasaka, Minato-ku,
Tokyo, Japon, 107-0052
Tél. : 03-3475-2121
URL : http://www.2121designsight.jp/en/

Liens utiles  :
- 21_21 Design Sight Museum
- Projet デザインあ de la NHK avec plein de vidéos

JR, ou la photographie à hauteur d’homme, au Watari Museum

WatariJRdevantureUn petit musée à deux pas du quartier chic d’Omote-sando, le Watari Museum of Contemporary Art, Un photographe et artiste français aussi talentueux par la créativité de ses photos que par son sens de la mise en scène, un moment passionnant  qui pousse non seulement à la curiosité mais plus encore à ne pas rester inactif et à exploiter sa part de créativité.

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Trois religions réunis sur une image et colles sur les murs israéliens et palestiniens

Il ne faut pas longtemps pour visiter la petite exposition du Watari-um consacrée aux différents travaux du photographe JR mais c’est un moment jubilatoire et qui ouvre des portes sur ce que peut être l’art contemporain au meilleur de sa forme : Non pas ces artistes qui vendent des tableaux conceptuels à l’identique (parfois peints dans des ateliers par des sous-fifres et signes uniquement par l’artiste) comme en Chine, uniquement pour remplir les belles maisons des nouveaux riches des temps modernes, ceux-là qui se préoccuperont plus du format de la toile ou de la sculpture pour savoir si elle entrera bien dans leur salon et qui se demanderont avant tout combien sera coté leur tableau cinq ans plus tard, n’achetant que par esprit spéculatif plutôt qu’en se fiant à leur gout personnel. Non, il s’agit ici d’un artiste qui a commencé dans la rue et qui n’a jamais voulu la quitter. Graffiteur dans les sous-sol et les rues de Paris et sa banlieue, JR découvre la photographie en 2001 alors qu’il récupère un appareil 28mm dans le métro parisien. Il va alors progressivement devenir le propre photographe de ses œuvres, puis allant a la rencontre des artistes de rue et des habitants, il va mettre en scène les personnes qu’il photographe a travers des portrait qu’il expose dans la plus grande et la plus belle galerie au monde, la rue. Être à la fois à l’écoute des personnes qu’il rencontre et qu’il photographie et leur donner la possibilité d’être acteurs et spectateurs de leur vie ou d’un message qu’ils souhaitent faire passer, c’est toute la philosophie de ce jeune artiste.

Trois projets qui illustrent la démarche de JR : servir de relais aux populations qu’il rencontre pour véhiculer des émotions et engager les réflexions

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Portrait d’une Génération, les banlieues s’immergent avec humour et provocation dans les rues de Paris

Et son imagination est débordante, à l’image de trois de ses derniers projets : Portrait d’une génération est issue d’une réflexion post événements de Novembre 2005 en France lorsque les cités ont été montrées du doigt dans le monde entier, certains journalistes qui n’y avaient jamais mis les pieds mais n’ont pas eu peur de parler de quasi guerre civile. JR avait l’année précédente exposé dans la cite des Bosquets, sans faire preuve d’angélisme, il a été agace par cette vision simpliste et caricaturale des banlieues véhiculée par les médias. Il décide donc d’y retourner en 2006 pour prendre en photo les jeunes de la cite en leur demandant de surjouer les « sauvages » avec des portraits au 28mm. Il expose ensuite « sauvagement » dans les quartiers huppés de la capitale ces portraits de la jeunesse décadente … jouant le second degré sur la caricature pour faire entrer la banlieue dans Paris et surtout dans la réflexion des Parisiens pour casser les aprioris et les préconçus.

Avec Face2face, il décide plutôt que de mettre dos-à-dos Israéliens et palestiniens de les mettre face a face ou côte-à-côte. Il prend des portraits de palestiniens et israéliens pratiquant les mêmes métiers et les collent côte-à-côte sur les murs palestiniens et israéliens. Des deux côtés, les réactions et interrogations fusent lorsqu’il explicite aux passants la nature des portraits : « quoi, le portrait d’un palestinien sur un mur israélien ? « . Mais comme il l’explique lors de la remise du prix Ted 2011, JR se fend d’une réponse sous forme de question ironique à ses badauds interloqués : « A votre avis qui est l’Israélien, qui est le Palestinien ? ». Ce projet, sans aucune provocation, désamorce par l’humour les tensions. Pour preuve, ce magnifique portrait de trois religieux – un prêtre, un rabbin orthodoxe et un imam – côte-à-côte et hilares qu’il a affiché sur le mur de séparation, des côtés palestinien et israélien.

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Les rescapés du 11 mars 2011 ont pose dans le photomaton puis leurs portraits ont été exposes pour redonner de la joie et de la vie sur les bâtiments dévastés de la région de Fukushima

Avec Women are Heroes, c’est un projet encore plus ambitieux qui tient à mettre en valeur le rôle crucial des femmes dans des sociétés et des pays où on les entend trop peu. Grâce à d’immenses portraits et des entretiens qui seront retranscrits dans un film et un livre éponymes, l’objectif est de redonner de la dignité à des femmes qui souffrent de la violence urbaine dans les favellas de Rio, de la violence conjugale en Inde ou de l’extrême pauvreté au Kenya, au Liberia ou au Cambodge. Les portraits sont magnifiés par la mise en scène dans leur décor urbain : un visage de femme sur les escaliers d’une des favellas les plus dangereuses de Rio observe ses congénères de son regard a la fois compatissant et douloureux. Au Kenya, des yeux et des portraits imprimés sur des toiles servent de véritables toits imperméables aux habitants démunis, tout en communiquant leurs émotions au ciel qui les regarde.

Devenez le propre acteur du dernier projet de JR

WatariJRPortraitsInsideOut

Repartez avec votre poster et associez-le un message qui vous tient a cœur

Pour son dernier projet, Inside Out, JR a imaginé un projet global, simple dans sa mise en place et qui repose sur le spectateur, acteur d’un instant. Son objectif réside dans ces mots prononcés lors de la remise de son prix à la TED Conference de Long Beach, Californie :  » I wish you to stand up for what you care about, by participating in a global art project and together we will turn the world … Inside out« . Le procédé : Un photo-maton imprime un grand poster du spectateur qui repart avec et peut y associer un message qui lui tient à cœur. Aujourd’hui, c’est plus de 120.000 posters qui ont été envoyés dans plus de 100 pays depuis mars 2011 et cette exposition a voyagé de Paris à Abu-Dhabi, d’Arles en Palestine, de Hong Kong pour arriver aujourd’hui à Tokyo.

N’hésitez pas, vous avez jusqu’au 2 juin 2013 pour tenter l’expérience.

The Watari Museum of Contemporary Art
3-7-6 jinguumae, Shibuya-ku
Tokyo Japan 150-0001
Tél. : 03-3402-3001 Fax : 03-3405-7714
URL : www.watarium.co.jp

Liens utiles  :
- Watari-um Museum of contemporary art
- Projet Inside-Out
- Inside-Out sur Facebook