Tsunami – つなみ – 津波

C’était il y a déjà plus de deux ans, un séisme aux larges des côtes japonaises du Tohoku allait engendrer un immense raz-de-marée, un tsunami, つなみ, ou 津波 qui devait causer la mort de plus de 19 000 personnes. Le séisme, déclenché à 30 km sous le plancher océanique, au large du Japon, s’est propagé via une faille séparant les plaques jusqu’à la fosse du Japon, au fond de la mer, libérant l’énergie de 8 000 bombes de Hiroshima. Le séisme en lui même ne causa que peu de décès en raison de son éloignement des côtes mais c’est bien le tsunami qui entraîna la mort de près de 20 000 japonais.

TsunamiKanji

Il ne faut pas oublier, il ne faut pas oublier que c’est bien le déchaînement de la nature qui a engendré tous ces morts qui auraient été encore beaucoup plus nombreux si le Japon n’était pas aussi bien préparé aux séismes et aux tsunamis. Rappelez-vous le tsunami de 2004 dans l’Océan Indien, d’une force similaire, mais qui causa la mort de plus de 160 000 personnes. Parce que les moyens de prévention et d’information étaient bien moindres voire quasi inexistants mais aussi parce que les habitations et les terrains étaient souvent beaucoup moins protégés.

De quoi Fukushima est-il le nom ?

Il ne faut pas oublier non plus que les retombées de l’accident nucléaire de la centrale de Fukushima, toutes terribles et dévastatrices qu’elles soient ne peuvent pas être comparées ou assimilées. Cet accident, conséquence du tsunami et d’erreurs humaines, aura des effets terribles dans l’environnement et les écosystèmes marins et terrestres, dans l’économie, dans l’abandon pour des décennies d’une portion de territoire, dans certaines maladies plus que dans la mort  elle-même (immédiate en tout cas). On ne compte en effet aujourd’hui qu’un mort  « officiel » suite à l’accident nucléaire. Il faisait partie des fameux cinquante de Fukushima qui restèrent après tous les autres pour aider à colmater et réparer ce qui pouvait l’être. Et même si l’État japonais n’est pas reconnu pour sa transparence sur le sujet, certaines associations veillent et les retombées médicales et environnementales seront de toute façon suivies de près. Je vois déjà certains hérisser les poils suite à ces propos, je vous rassure, je ne fais partie d’aucun lobby pro-nucléaire. Je tiens juste, sans vouloir déshumaniser cette immense catastrophe, à apporter des éléments factuels pour mettre surtout les faits en avant. La catastrophe nucléaire qui a suivi et qui n’est pas près de se terminer a engendré nombre de situations dramatiques pour des habitants de la région : perte de leur maison mais aussi de leurs champs, de leurs animaux, perte de tout ce qui les reliait à leur terre, à leur histoire. Le roman de Michaël Ferrier, Fukushima, récit d’un désastre est à ce titre indispensable. Mais si les descriptions du phénomène, l’empathie pour les rescapés, les récits qu’il en a tirés forment un témoignage indispensable à la réflexion sur cette catastrophe, je suis moins convaincu par les bilans qu’il en tire concernant le nucléaire et les décisionnaires si facilement montrés du doigt. Je prendrai le temps d’en faire une chronique spéciale tant son livre est riche et édifiant. Il sera néanmoins très difficile pour ces habitants de la préfecture de Fukushima de se reconstruire. Certains préféreront braver les interdictions et subir les irradiations pour rester là où ils ont toujours vécu. D’autres, souvent les plus jeunes, décideront de s’éloigner, notamment pour leurs enfants, les plus susceptibles de souffrir des irradiations.

SeismeJapon11mars2011

Le séisme / Tsunami du 11 mars 2011 et ses ravages © Damo Storan

Par ailleurs, la catastrophe nucléaire pose de nombreuses questions sur la capacité des pays possesseurs de la technologie nucléaire civile à « réparer » les dégâts causés par une catastrophe naturelle de ce type. En dehors des terrains irradiés, c’est la question du traitement des déchets nucléaires, qui est en jeu. Les délais annoncés peuvent laisser craindre qu’une seconde catastrophe endommage à nouveau les réparations de secours. Toutefois, au risque de choquer encore une fois, si l’accident de cette centrale peut contribuer à une élévation des mesures de sécurité et à une remise en cause de la construction de centrales sur certaines zones sismiques, le risque zéro n’existe dans aucune industrie. Le nucléaire présente l’inconvénient d’avoir des risques écologiques très importants mais le charbon ou le gaz sont des industries beaucoup plus polluantes. Il faut donc essayer d’enlever à la fois langue de bois et hystérie à ce débat. Le nucléaire, tel qu’on le maîtrise aujourd’hui, semble à terme une mauvaise solution. Les autres industries polluantes également. Il faut donc consacrer le maximum de R&D aux énergies renouvelables, tout en ne se voilant pas la face sur les délais avant de trouver des solutions meilleures. Le solaire, tant vanté par certains, présente par exemple de nombreux défauts dans le stockage de l’énergie et dans les matériaux utilisés. Les éoliennes polluent le paysage et n’ont un rendement efficace que dans certains lieux, etc.

Enfin, pour clore le sujet du nucléaire, je me réfère à un article très intéressant de Chikako Mori, De quoi Fukushima est-il le nom ?, paru il y a un an dans le journal Le Monde. La journaliste y expliquait le poids des mots et son étonnement que tous les journalistes ne parlent plus de la catastrophe du 11 mars 2011 que sous une appellation : Fukushima. En effet, comme je l’ai dit au-dessus, la catastrophe est avant tout une catastrophe naturelle qui s’est abattue sur toute une partie de la côte Est du Tohoku. La réduire à Fukushima, c’est réduire cet événement à l’accident nucléaire qui a suivi. C’est aussi prendre le risque de faire des habitants de la préfecture de Fukushima des parias comme les habitants de Hiroshima ou Nagasaki avant eux. Son article est passionnant et elle y rappelle par exemple que l’attentat des tours du World Trade Center a pris le nom de 9 eleven dans le monde entier, pourquoi ne pas alors parler du 11 mars 2011 comme le font beaucoup de Japonais ?

A toute chose, malheur est bon

Cette maxime peut paraître un peu réductrice mais elle s’avère rarement fausse. Et s’il y a un élément positif à rechercher dans cet enchaînement de catastrophes, c’est la solidarité humaine. Les médias répètent à qui veut l’entendre que notre société est de plus en plus individualiste. Mais que constate-t-on systématiquement après chaque catastrophe naturelle, que ce soit à la Nouvelle Orléans, que ce soit lors du tsunami de 2004, que ce soit récemment lors des inondations en Europe de l’Est, que ce soit lors du sauvetage des mineurs au Pérou, que ce soit enfin pour la reconstruction du Tohoku ? La solidarité est la première réaction de milliers, voire de millions de personnes. Qu’elle soit financière ou qu’elle soit physique, cette solidarité est une magnifique preuve que nos sociétés ne sont pas complètement cassés comme on voudrait nous le faire croire.

LaCaravane3déc2012

La Caravane Bon Appétit, en février 2013 à Miharu-machi dans le Tohoku

A ce titre, le dernier essai de Jean-Claude Guillebaud, Une autre vie est possible, explique bien comment les optimistes de tous bords sont mis en minorité par notre société actuelle et sont considérés comme des naïfs et des idéalistes au mieux, des imbéciles bien souvent. Si je ne partage pas toutes ses opinions, je lui reconnais sa belle capacité d’analyse et sa faculté à aller de l’avant après tous les désastres auxquels il a pu assister en tant que reporter de guerre notamment. Et la solidarité des associations qu’il a côtoyées a été un moteur pour lui dans ces vingt dernières années, preuve indéfectible que l’homme peut combattre ses propres démons. A propos de solidarité, parmi les milliers d’initiatives japonaises et internationales, recensées pour aider le Tohoku, je voudrais citer deux associations : la première, Japonaïde, et également relayée par le journal gratuit Zoom Japon (distribué en France) a surtout effectué des collectes de fond en France et en Europe pour soutenir différents projets comme celui des lieux de « Maison pour tous » qui a pour objectif de créer avec l’aide d’architectes des lieux de vie où pourront se retrouver les rescapés du séisme et du tsunami qui vivent aujourd’hui dans des préfabriqués.  La seconde, c’est la Caravane Bon Appétit, montée par Patrick Hochster, un chef français au Japon. A l’origine initiée pour apporter des vivres aux Japonais, la Caravane a aujourd’hui plus pour vocation d’apporter un peu de joie de vivre aux habitants des régions touchées. Une fois par mois, avec de nombreux volontaires, il se rend dans la région pour organiser un repas festif autour de musique française. Dans ces deux projets, ce n’est pas l’argent qui est au cœur de la solidarité mais l’envie de partager un peu d’innocence, de joie et de lien social, si difficiles à retrouver pour ces rescapés.

Tsunami – つなみ – 津波

Tsunami2

Mais je ne voudrais pas finir cet article un peu sentencieux sans parler du mot tsunami. Le mot est à ce point entrer dans le vocabulaire courant que nombre de gens ont sans doute oublié qu’il s’agit d’un mot japonais. Le kanji 津波 signifie littéralement vague sur le port, on ne peut donc imaginer explication plus claire. Mais il peut aussi s’écrire autrement comme dans l’encadré ci-dessus. Il signifie alors de manière plus poétique la mer qui rugit. Ces deux significations, l’une ancrée dans le réel, l’autre beaucoup plus imagée, sont à l’image du message de cet article : essayer tant que faire se peut de conjuguer humanité et rationalité, empathie et efficacité mais, surtout, ne jamais oublier les morts et les rescapés du 11 mars 2011.

Pour en savoir plus :

-Le séisme et le tsunami de Fukushima : chronologie et effets détaillés (page wikipedia)
-Les cinquante de Fukushima
-Fukushima, récit d’un désastre, Michaël Ferrier (Editions Gallimard)
-De quoi Fukushima est-il le nom ? Article de Chikako Mori dans Le Monde, mars 2012
- Une autre vie est possible, Jean-Claude Guillebaud, Editions L’Iconoclaste
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Comments

  1. Je tiens à ajouter suite aux différents articles que m’a fait suivre un proche que des cas de cancer de la thyroïde ont déjà été relevés et que la catastrophe nucléaire a engendré indirectement de nombreux morts (plusieurs centaines probablement) : certaines personnes âgées qui ont été évacués en panique et qui n’y ont pas survécu,d’autres assez nombreux qui se sont suicidés. Les conséquences de l’accident nucléaire sont, je le redis, très graves et ce n’est que dans plusieurs dizaines d’années que l’on pourra tirer un triste bilan.

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