Hubert Haddad : Le peintre d’événtail

Il est des livres que l’on parcourt dans un état second, loin des préoccupations terre à terre, des livres qui vous emmènent loin dans votre imagination. Le peintre d’éventail est de ceux là. Ce court roman qui se dévore le temps d’une nuit blanche raconte les heures noires qu’a vécues le Japon récemment. Mais tout sauf un documentaire, c’est un hymne d’amour aux artistes japonais, magiciens des jardins et peintres de leurs propres paysages. C’est un formidable récit sur la transmission, sur l’amour et une porte d’entrée aux haïkus japonais. C’est enfin une extraordinaire peinture de la nature japonaise, qu’elle soit sauvage ou façonnée des mains de l’homme. Ce roman n’a pourtant pas été écrit par un Japonais mais par un français d’origine tunisienne, l’essayiste Hubert Haddad.

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Lorsqu’on se plonge dans Le peintre d’éventail, on a peine à croire qu’il a pu être écrit par un méditerranéen qui n’avait auparavant rien dépeint de l’archipel du soleil levant. Pour le néophyte que je suis, c’est une immersion dans le Japon que je commence à deviner mais que je n’aurais jamais su décrire aussi brillamment. En même temps, mon orgueil de blogueur n’en est que peu touché : on parle ici d’Hubert Haddad (dont je n’avais jamais rien lu jusque là) mais qui s’y j’en crois les critiques littéraires est un immense écrivain. Pour ceux qui ne seraient pas ignares comme moi, c’est l’auteur du Nouveau Magasin d’Ecriture (2006), d’Opium Poppy (2011), de Palestine (2007) au sein d’une œuvre féconde d’essais, de poèmes , de romans, de revues littéraires qui a débuté il y a près de 50 ans en 1967.

« C’est au fin fond de la contrée d’Atora, au nord-est de l’île de Honshu, que Matabei se retire pour échapper à la fureur du monde. Dans cet endroit perdu entre montagnes et Pacifique, se cache la paisible pension de dame Hison dont Matabei apprend peu à peu à connaître les habitués, tous personnages singuliers et fantastiques. Attenant à l’auberge, se déploie un jardin hors du temps. Insensiblement, Matabei s’attache au vieux jardinier et découvre en lui un extraordinaire peintre d’éventail. Il devient le disciple dévoué de maître Osaki. Fabuleux labyrinthe aux perspectives trompeuses, le jardin de maître Osaki est aussi le cadre de déchirements et de passions, bien loin de la voie du zen – en attendant d’autres bouleversements …  » C’est ainsi que l’éditeur nous introduit le roman d’Hubert Haddad. Et sans déflorer trop l’histoire, ces derniers bouleversements, vous l’aurez compris, ont pour cadre la catastrophe du 11 mars 2011.

Mais comme dans le récent long métrage magnifique de Benh Zeitlin, Les Bêtes du Sud Sauvage, la catastrophe naturelle, toute terrible qu’elle soit, est partie prenante de la nature. Comme dans le film, la nature gronde et défie l’homme qui s’est cru supérieur qui avec ses digues, qui avec ses jardins. Pourquoi ce roman de moins de 200 pages est-il un pur bijou ? Parce qu’il n’y a pas un seul mot superflu. Hubert Haddad est un tel magicien de la langue française qu’il nous plonge en quelques lignes dans les jardins luxuriants de maître Osaki :  » Le jardin d’Osaki était à ce point exemplaire que la moindre méprise eût mis en émoi tout son peuple d’oiseaux. Bouleverser l’ordonnance d’un massif de buissons et de pierres ou étayer de manière intempestive une ligne d’arbustes équivalait, il le savait, à une meurtrissure, voire une mutilation, au sein d’un enclos pensé comme un organisme vivant, dans l’éclat délectable de sa perfection.  » La densité de ses phrases n’a d’égale que celle des jardins ou des paysages qu’il décrit. Ironiquement, la thématique de la transmission très forte dans le roman trouve un parallèle dans la leçon d’écriture que nous donne Hubert Haddad.

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Il faudrait parler des descriptions minutieuses de ces fameux éventails, de ces scènes autour du lac Duji, de la tournure apocalyptique que prend le roman dans sa dernière partie mais je sens que je parle trop et je risquerai de gâcher la poésie du roman. Je ne résiste pas cependant à vous citer un autre passage en ouvrant le livre au hasard : « Soudain offert à l’œil comme une seule immense sculpture, le jardin donne enfin à comprendre certains secrets que la diversité colorée des végétaux ordinairement dérobe. Matabei a enfilé son ciré noir; sur le seuil de la baraque, il étudie les percées phosphorescentes du paysage au-delà des palissades, du côté des deux montagnes puis de la mer invisible. Chaque hiver, c’est la même surprise, comme s’il fallait recommencer à partir de rien la grande fresque du temps. il neige sur le monde comme sur la mémoire. » … que voulez-vous écrire après cela, surtout rien : lisez le roman, fermez les yeux, ouvrez votre imagination et partez à la rencontre du Peintre d’éventail.

-Le Peintre d’éventail – Hubert Haddad  – Editions Zuma
-Les haïkus du peintre d’éventail – Hubert Haddad  – Editions Zuma
- Pour en savoir plus sur l’auteur
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