Femmes du Japon, lancez la rébellion : « L’impératif, c’est pas que pour les cons ! »

Lorsque l’on apprend la langue japonaise, il ne s’agit pas seulement d’engranger du vocabulaire, d’apprendre des règles du grammaire ou de se perdre dans les magnifiques labyrinthes des kanjis. Non, au fur et à mesure de cet apprentissage très ludique, ce sont aussi les mœurs et la culture nippones que l’on apprend à saisir. Et parmi les différences culturelles flagrantes entre le Japon et la France, le rapport homme/femme. On peut toujours ironiser sur les noms de métiers qui ne s’accordaient qu’au masculin dans la langue de Molière mais, au Japon, les femmes ne peuvent pas toujours utiliser les mêmes mots que leurs interlocuteurs masculins …

Tomare

Il est des esprits chagrins qui se désolent devant le conservatisme de la population française : qu’il soit globalement de droite lorsqu’il s’agit des évolutions sociétales ou de gauche lorsqu’il s’agit des sacro-saints avantages acquis. Nombreux sont les Français, à l’étranger comme en France, qui voudraient aussi nous faire croire que la France est une puissance désenchantée si ce n’est en pleine déchéance. Je suis plutôt de ceux qui, sans se voiler la face sur la misère qui grandit en France et sur les multiples enjeux auxquels la France et l’Europe doivent faire face dans le cadre de la mondialisation, préfère voir le verre à moitié plein. Et afin de le remplir un peu, rien de tel que de moquer gentiment les archaïsmes de pays amis.

Leçon 33 de Mina no Nihongo (Bible du néophyte étranger qui apprend le Japonais), en même temps que je tente d’assimiler doucement toutes les nuances du japonais, je vais de surprise en surprise sur la force du machisme japonais. Leçon 33 donc où j’apprends la forme impérative avec toutes les restrictions sur son usage. Très directe et agressive, cette forme d’impératif ne peut évidemment être employée dans toutes les situations. Quand on sait que dire s’il vous plait peut-être déplacé, on se doute que l’impératif est à manier avec des gants. On peut l’utiliser avec son chien, avec ses enfants, lorsque l’on est chef ou professeur et que l’on est un peu excédé, lorsqu’il y a danger aussi car cette forme est plus contractée, jusqu’ici rien de surprenant pour le français ignare que je suis. Mais que lis-je sur la première règle de l’emploi de cette forme impérative ou prohibitive : « La forme impérative est utilisée pour imposer à quelqu’un de faire un acte et la forme prohibitive, pour lui ordonner de ne pas le faire. Dans la mesure où ces deux formes ont une connotation impérieuse, leur emploi en fin de phrase est extrêmement limité. Dans la langue parlée, l’utilisation de ces formes est presque limitée aux hommes.  »

Mesdemoiselles, Mesdames, une exception existe !

  • Peut-être lorsqu’il s’agit de sauver un enfant qui risquerait de passer sous une voiture ? Non, pas là, tant pis pour l’enfant : « Quand on manque de temps pour être assez poli, comme par exemple en cas d’urgence telle qu’incendie, tremblement de terre […] Mais même dans ce cas, elles ne sont utilisées le plus souvent que par un homme plus âgé ou d’un rang supérieur.« 
  • Peut-être lorsque vous donnez un ordre à vos enfants ou à un animal de compagnie ? Non l’impératif serait beaucoup trop violent dans la bouche d’une Maman ou de la maitresse de son petit lapin, chat ou chien !
  • Non, la langue japonaise vous autorise à utiliser ce sommet d’incivilité uniquement dans un stade pour encourager vos champions. Il y a là quelque chose d’ironique que de se dire que ce qui apparaît comme beaucoup trop direct vis-à-vis d’un petit chien, beaucoup trop inconvenant même pour sauver un enfant d’un accident, sera accepté pour encourager un sportif. Cela donne au statut de ces derniers une représentation de bêtes de foire, de gladiateurs des jeux du cirque et, si, rassurez-vous, l’ambiance est très bonne enfant dans les stades nippons, on comprend un peu mieux à l’échelle européenne pourquoi les stades sont parfois des zones de non droit où les pires insultes sont monnaie commune.

Femmes du Japon, lancez la rébellion, je propose une pétition intitulée : « L’impératif, c’est pas que pour les cons !« 

 

Plus sérieusement, un excellent dossier sur les Femmes au Japon a été réalisé par France Japon Eco suite à une conférence co-organisée avec l’association Femmes Actives Japon. Il y aurait bien-sûr beaucoup à dire sur la sous-utilisation des femmes dans la vie professionnelle au Japon et sur leurs statuts, ce que ce dossier résumé très bien est la prise de conscience nécessaire par le gouvernement de cette sous-utilisation et de l’extraordinaire atout potentiel pour le pays. En effet, si les femmes travaillent peu et ont souvent leurs carrières tronquées après la naissance de leur premier enfant, leur niveau d’étude est en revanche est un des plus élevés au monde. Quand on sait les enjeux de vieillissement de la population auxquels vont devoir faire face l’archipel nippon, il serait suicidaire de ne pas réévaluer ces forces vives et d’amorcer une douce évolution vers une reconnaissance des femmes dans leurs milieux professionnels. Comme toujours au Japon, cette évolution devra se faire lentement mais comme l’a bien expliqué Kathy Matsui, macro-économiste chez Goldman Sachs, il s’agit après l’Abenomics de lancer un Womenomics au Japon :

 

Plus d’infos ici :

-Dossier Femmes en marche au Japon sur France Japon Eco
-L’Assocation Femmes Actives Japon

 

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