Les kanjis dans la tête

Vous avez envie de vous immerger dans la culture nippone, vous êtes en train d’apprendre le japonais, les hiraganas et katakanas ne sont plus un mystère pour vous mais les kanjis présents partout dans votre quotidien vous intriguent et vous avez envie d’en déchiffrer tous les mystères :  Les kanjis dans la tête est une méthode remarquable pour mémoriser ces idéogrammes qui nous fascinent autant qu’ils nous effraient de prime abord.

LesKanjisdanslateteLe japonais présente ceci d’extraordinaire pour un occidental pas particulièrement doué en langue que la prononciation de la langue est d’une grande simplicité. En effet, alors que la langue japonaise a emprunté le vocabulaire et l’écriture aux Chinois dès le VIIe siècle, la phonologie de la langue indigène japonaise n’a pratiquement pas changé. Le systeme vocalique se limite à cinq voyelles courtes A I U E O, et deux voyelles courtes contiguës ne peuvent former qu’une voyelle longue ou une répétition du son mais il n’existe ni diphtongue ni voyelle nasale. Par ailleurs, il existe deux semi-voyelles Y et W et seulement 13 consonnes (5 sourdes, 5 sonores et 3 nasales). Hormis la consonne N nasale, toutes les consonnes sont suivies d’une voyelle, ce qui réduit énormément le chant phonétique. (très bonne synthèse wikipediesque sur cette page). Enfin, et ce n’est pas la moindre des différences avec le cantonais ou le mandarin, le japonais n’est pas une langue tonale.
Tout ceci pour mieux comprendre pourquoi le japonais oral est facilement accessible aux occidentaux et surtout pourquoi les Japonais sont de leur coté souvent très mauvais pour parler les langues étrangères.

Mais une fois les premiers balbutiements réussis pour vous exprimer sommairement en japonais, beaucoup seront tentés d’y adjoindre si ce n’est la maitrise de l’écriture, à tout le moins une découverte des kanjis. C’est là que la méthode de James W. Heisig, Remembering the Kanji, adaptée en français par Yves Maniette sous le nom Les Kanjis dans la tête, prend tout son sens.  Ce livre propose en effet l’apprentissage de l’écriture et du sens (pas de la prononciation) de 2000 kanjis par un procédé original, à la fois ludique et efficace … par honnêteté, je dois concéder, que ma fumisterie ne m’a pas autorisé à me rendre compte par moi-même de l’efficacité de la méthode !

Mes excuses préalables aux spécialistes des kanjis et des idéogrammes chinois, je n’ai aucune culture étymologique de ces écritures et beaucoup penseront surement qu’il faut user de méthodes d’apprentissage plus rigoureuses et systématiques (par clé ou par composant par exemple, par nombre de traits ou bien encore en suivant le rythme d’apprentissage de l’école japonaise), il s’agit ici uniquement de partager avec tous cette approche originale et ludique.

Les orateurs antiques faisaient appel a une mémoire compartimentée pour se remémorer leurs discours

Pour comprendre le concept qui guide cet apprentissage, il faut se référer a l’introduction d’Yves Maniette qui cite lui-même l’ouvrage de Frances Yates, L’art de la mémoire, expliquant comment les orateurs grecs construisaient un espace tridimensionnel, y plaçant mentalement des objets en relation avec chaque point-clé de leur discours, afin de le mémoriser et de l’ordonnancer : « Cela fait, dès qu’il s’agit de raviver la mémoire des faits, on parcourt tous ces lieux tour à tour et on demande à leur gardien ce qu’on y a déposé. Nous devons penser à l’orateur antique qui parcourt en imagination son bâtiment de mémoire pendant qu’il fait son discours, et qui tire de lieux mémorisés les images qu’il y a placées. La méthode garantit qu’on se rappelle les différents points dans le bon ordre, puisque l’ordre est déterminé par la succession des lieux dans le bâtiment. »

Et, Yves Maniette d’ajouter : « Partant de cette idée, on peut imaginer que si l’on parvenait a trouver au sein des kanjis un nombre limité d’elements graphiques, et si l’on en faisait une sorte d’alphabet, assignant à chacun d’entre eux un objet et une signification, on pourrait faire agir ces objets les uns sur les autres, creant des tableaux imaginaires complexes qui permettraient de surmonter le handicap constitué par une mémoire visuelle peu fidèle. La méthode Heisig consiste donc à apprendre graduellement cet alphabet graphique constitué de composants qui correspondent aux clés en suivant l’étymologie (on dénombre officiellement 224 clés) puis à apprendre les kanjis en créant des histoires autour de l’association de composants qui les forment. « A chacun de ces composants, nous attribuerons un objet et son nom, de meme que chaque lettre de l’alphabet porte un nom. La différence notable entre notre alphabet graphique et notre alphabet conventionnel reside dans le fait que chaque element aura aussi une valeur semantique. En les associant l’un avec l’autre, nous obtiendrons des kanjis ainsi que de nouveaux composants, et pourrons ainsi construire des caractères plus complexes. »

Dit autrement, cette méthode trouve son efficacité du fait qu’elle fait appel aux deux hémisphères du cerveau. La partie analytique qui va retenir un nombre limité de clés/composants avec une signification correspondante et la partie qui fait appel à l’imagination et à la créativité qui va créer des histoires associant plusieurs composant pour accéder à un niveau plus complexe de kanjis.

Peut-être que certains se sont perdus en route, cela sera beaucoup plus parlant avec deux exemples concrets :

RisqueKanjiCe kanji signifie risque. Lorsque vous l’apprendrez selon la méthode Heisig, vous aurez appris au préalable le kanji qui signifie jour ou soleil (arrondissez tous les angles et imaginez un sourire au milieu de cette sphère, vous retrouverez le soleil de votre enfance) et le kanji qui signifie œil (à nouveau, il suffit de se souvenir que les kanjis ne peuvent pas être ronds. De même que la bouche est représentée par un carré, on imagine facilement ici un globe oculaire avec la pupille représentée par les deux traits centraux). L’association de ces deux kanjis, sous forme de composants de ce nouveau kanji, va rapidement nous mener à la signification de risque grâce à une petite historiette : pensez en effet (je paraphrase le livre) à la recommandation de vos parents de ne jamais regarder directement le soleil, au risque de vous bruler les yeux et vous aurez alors définitivement ancrer la signification de ce kanji sans grand effort de mémorisation en imaginant cet œil qui regarde vers le soleil .

ProspereKanjiFacile à première vue de confondre ce kanji avec le précédent et c’est tout le risque de la mémorisation globale qui ne fait appel essentiellement qu’à la mémoire visuelle. Ce kanji signifie prospère. Mais si nous reprenons nos composants, nous avons donc ici une double manière de le mémoriser : tout simplement en imaginant un jour ensoleillé qui reprend les deux significations de ce composant et que l’on associera facilement de manière imagée a un jour prospère et donc a la signification du kanji. Pour être sur de ne pas l’oublier, on pourra imaginer une journee improbable avec deux soleils qui serait le comble de la prospérité !

TableauKanjiJaponais

Mais c’est du Chinois ! Non, des kanjis japonais (inspirés bien-sur des idéogrammes chinois)
qui n’auront bientot plus de mystère pour vous grâce à la méthode Heisig

En plus de sa face ludique, cette méthode permettrait donc de s’approprier la signification des kanjis plus rapidement et avec moins d’efforts. Elle présente en plus l’avantage d’être adaptable puisque rien ne vous empêche, bien au contraire, de personnaliser les histoires avec vos propres astuce mnémotechniques qui vous permettront d’associer les composants pour retenir les kanjis. Toutefois, elle ne vous épargnera pas de l’assiduité nécessaire à l’apprentissage. Mais à raison d’une dizaine ou vingtaine de kanjis par jour, les plus motivés peuvent espérer un apprentissage des 2000 kanjis qu’elle propose en six mois. Cependant, deux nuances de taille :

1. Même en connaissant ces 2000 kanjis, la langue écrite sera encore loin d’être maitrisée. En effet, Les kanjis, s’ils ont un sens propre, ne constituent la plupart du temps pas des mots en tant que tels. C’est leur association entre eux et avec les signes syllabiques japonais (hiraganas et katakanas) qui va former les mots et les phrases. Par exemple, le mot bibliothèque s’écrit à l’aide de trois kanjis 図書館 (toshokan, en romaji,  としょかん, en hiragana), le premier signifiant carte, le second, écrire, le troisième signifiant résidence ou bâtiment. Il s’agit donc étymologiquement du bâtiment où l’on écrit les cartes … mais il s’agit ici d’un exemple simple !

2. Cet ouvrage passionnant vous ouvrira une première porte vers le monde magique des kanjis mais il ne s’agit que du vestibule ! En effet, outre la première nuance de taille, il ne vous permettra pas de les prononcer, les kanjis ayant une multitude de prononciations selon le contexte. Un Chinois débarquant au Japon sera par exemple pratiquement à même de lire et comprendre globalement le journal (hormis les hiraganas et katakanas) mais dans l’impossibilité de converser avec un Japonais (comme, si je ne me trompe, dans certains pays arabes qui partagent la langue écrite mais pas la langue orale). De la même manière qu’ils ont assimilé de nombreux mots anglais mais avec leur prononciation (un lit sera un bedo, une cuillère une soupoun, une table une teburu), ils ont assimilé logiquement les sons des idéogrammes chinois pour les adapter à leur phonétique. On parle alors de lecture ON ou ON-yomi. « Le passage du phonème chinois au phonème japonais ne s’est pas fait sans mal (les deux langues étant très différentes). Les tons ont disparu, certains sons se sont transformés. À cela, il faut ajouter le fait que les emprunts ont été faits à différentes époques et à différents dialectes chinois, et que les deux langues ont évolué » (source wikipedia). Tandis que pour les verbes ou autres adjectifs, ils utilisent une lecture japonaise, KUN ou KUN-yomi, le kanji ayant une retranscription sonore uniquement pour le radical, la fin du mot (conjugaison, déclinaison) étant écrite et prononcée à l’aide des hiraganas.

Mais ne vous découragez pas par ma prose trop alambiquée. Le livre est beaucoup plus pédagogique et ludique. N’hésitez pas, la lecture de ce livre, par bribes pour découvrir ou reconnaitre un kanji, ou systématique pour les apprendre, est un pur moment de plaisir presque aussi addictif que le chocolat. Les Kanjis dans la tête ou comment démêler le casse-tête de ces signes fascinants.

Les Kanjis dans la tete d’Yves Maniette
Adaptation francophone de Remembering the Kanjis par James W. Heisig

Où se le procurer à Tokyo :
- Librairie Omeisha

Quelques liens utiles :

- Le site d’Yves Maniette où il propose la preface et les premieres pages du livre en lecture libre
- Remembering the Kanji pour les anglophones
- Un blog amusant qui raconte l’apprentissage des kanjis par cette méthode et du japonais façon geek

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